
Le projet ÉQUI•LIN a commencé à Goustranville, dans le Calvados. Ses premières feuilles sont sorties d’un atelier au Havre. Entre les deux, deux matières familières en Normandie se rencontrent sous une forme beaucoup moins attendue : du textile de lin et des fibres récupérées dans du crottin de cheval.
Les essais sont menés par l’artiste et artisane papetière Claire Le Breton. Le textile de lin est fourni par Embrin, en Seine-Maritime, et Linportant, dans le Calvados. Les fibres récupérées dans le crottin sont collectées et analysées par l’équipe d’Aurélie Merlin, chercheuse à l’Anses avec laquelle le projet a été lancé sur le site de Normandie Équine Vallée à Goustranville.
Pour fabriquer la pâte, les morceaux de textile et les fibres de crottin préalablement lavées sont plongés dans l’eau puis travaillés plusieurs heures dans un cylindre hollandais. Cette machine de papeterie sépare, affine et homogénéise les fibres. La pâte est ensuite prélevée à l’aide d’un tamis pour former une feuille.
Les premiers essais ont franchi cette étape : des feuilles existent. L’expérimentation porte maintenant sur leur composition. Plusieurs proportions de lin et de fibres issues du crottin sont comparées pour obtenir le compromis recherché entre résistance, texture et aspect. Selon le mélange et la méthode de fabrication, les feuilles obtenues changent d’épaisseur, de couleur et de toucher.
Le procédé n’invente pas le papier au crottin. L’inventaire national des savoir-faire liés au papier fait main, établi par le ministère de la Culture, cite déjà le crottin de cheval parmi les matières employées par des papetiers français. Le lin appartient lui aussi depuis longtemps au vocabulaire de la papeterie, notamment sous forme de chiffons.
ÉQUI•LIN met plutôt à l’épreuve une recette destinée à un usage précis. Des chutes de textile de lin fournies notamment dans le Calvados rencontrent ici des fibres de crottin préparées avec l’équipe de l’Anses et le savoir-faire papetier de Claire Le Breton. À cette échelle artisanale, les premières feuilles montrent que le mélange peut être transformé en papier. Elles ne disent pas encore quelle formulation offre les meilleures propriétés : aucune mesure chiffrée de résistance n’a été publiée.
Cette recherche de matière doit déboucher sur autre chose qu’une feuille témoin. Claire Le Breton prévoit des ateliers participatifs de fabrication de papier ainsi qu’une création en marqueterie de papier inspirée de la Tapisserie de Bayeux, dans le cadre de Millenium Normandie 2027.
D’ici là, le travail se joue dans les proportions, le battage et le geste du papetier. Les essais doivent encore déterminer quels mélanges donneront le grain et la tenue recherchés pour passer des premières feuilles ÉQUI•LIN à la création imaginée autour de Bayeux.