
À Marseille et dans sa métropole, plus de 500 commerces ont été affectés par les violences d’octobre, dont environ 330 directement sinistrés ou pillés, selon la CCI Aix-Marseille-Provence. Pour soutenir leur reprise, le Département des Bouches-du-Rhône apporte 5 millions d’euros à un fonds régional désormais doté de 12 millions.
Chaque établissement éligible peut demander 10 000 €. Mais une distinction change tout : il faut avoir subi des dégâts matériels ou des vols significatifs. Une boutique restée intacte, mais privée de clients depuis les violences, n’a pas accès à cette subvention.
Douze millions d’euros, un forfait identique pour tous
Le financement réunit 5 millions d’euros du Département, autant de la Région Sud, 1 million de la Métropole Aix-Marseille-Provence et 1 million de l’armateur CMA CGM. Le fonds couvre les six départements de Provence-Alpes-Côte d’Azur, pas seulement Marseille.
Réactivé après sa création lors des émeutes de 2023, le dispositif a été voté le 23 octobre. Les demandes sont ouvertes depuis le 26 octobre, avec un versement annoncé sous 30 jours.
À raison de 10 000 € par établissement, les 12 millions permettraient théoriquement de financer 1 200 aides dans toute la région. Les Entrepreneurs Sud font état de plus de 560 enseignes vandalisées à l’échelle régionale. Mais une vitrine brisée et un magasin intégralement pillé ouvrent droit au même forfait. Pour les établissements dont les équipements et les stocks ont disparu, les besoins peuvent dépasser largement cette somme.
Les dégâts matériels ne sont qu’une partie des pertes
Les Entrepreneurs Sud estiment les préjudices financiers directs des violences entre 28 et 35 millions d’euros à l’échelle régionale. Cette estimation patronale couvre des pertes plus larges que les seules dépenses visées par le fonds de 12 millions d’euros, les assurances pouvant intervenir séparément.
Le 29 octobre, l’organisation a demandé une aide complémentaire proportionnelle aux pertes d’exploitation et aux stocks détruits. Elle s’oppose également à l’idée de répondre aux difficultés de trésorerie par de nouveaux emprunts, même à taux zéro.
Les difficultés ne s’arrêtent pas aux établissements vandalisés. Rue Paradis, Gérard Nouchi a rouvert sa boutique trois jours après son pillage, derrière une vitrine provisoire en bois. Il a déclaré à Fréquence Sud avoir encaissé seulement 15 € le samedi 24 octobre, contre environ 3 000 € lors d’une journée ordinaire.
Ce commerçant répond au critère des dommages matériels, sous réserve de satisfaire aux autres conditions du fonds. Une boutique voisine qui aurait perdu autant de chiffre d’affaires sans subir de dégradations ne le pourrait pas. Le fonds prévoit bien de soutenir la trésorerie et de compenser des pertes d’activité, mais uniquement pour les entreprises remplissant le critère des dommages matériels ou des vols.
L’aide forfaitaire peut être instruite rapidement, mais elle ne mesure ni les dégâts propres à chaque commerce ni la chute de fréquentation des rues commerçantes.
Comment demander les 10 000 € ?
Le fonds concerne les PME autonomes de moins de 250 salariés et les structures de l’économie sociale et solidaire, en activité au plus tard le 17 octobre 2026, accueillant du public en région Sud et ayant subi des dommages ou des vols significatifs liés aux violences. D’autres conditions fiscales, sociales et financières s’appliquent.
La demande s’effectue par établissement, identifié par son SIRET. Il faut notamment joindre un extrait récent du Répertoire national des entreprises, un RIB et un justificatif du sinistre : déclaration d’assurance, rapport d’expertise ou dépôt de plainte.
Les professionnels peuvent déposer leur demande sur le portail de la Région Sud jusqu’au 28 février 2027.
À Marseille, le guichet Urgence Commerces de la CCI, joignable au 04 91 39 34 79, accompagne les demandes de subvention et les démarches auprès des banques, des assureurs et des organismes sociaux. Il peut aussi orienter les commerçants dont les ventes se sont effondrées sans qu’aucune vitrine ait été brisée.
Sources consultées
- Département des Bouches-du-RhôneCommerces pillés : le Département débloque une aide de 5 millions d'euros
- CCI Aix-Marseille-ProvenceUrgence commerces : un guichet unique pour accompagner les commerçants impactés par les pillages
- Région SudFonds régional « solidarité commerces pillés »
- CCI Aix-Marseille-ProvenceOuverture de la plateforme Solidarité Commerces pillés
- Le Journal des EntreprisesLes Entrepreneurs Sud réclament un fonds de solidarité pour les commerces touchés par les pillages
- Fréquence SudÀ Marseille, deux semaines après les pillages, les commerces du centre-ville sont toujours à l'arrêt