
Au 14-16 boulevard Baudelaire, dans le quartier marseillais de la Blancarde, les premiers poteaux et poutres de l’Immeuble Idéal sont désormais posés. À Berre-l’Étang, l’usine Rector Lesage fabrique les éléments de murs et de planchers destinés à rejoindre le chantier. Un immeuble qui se construit avec des pièces préfabriquées, jusque-là rien d’extraordinaire. Sauf que ses appartements sont conçus pour être configurés selon les choix de leurs futurs propriétaires.
Comment industrialiser la construction tout en laissant les acheteurs choisir la surface, la disposition et même la forme de leur logement ?
Des appartements qui peuvent changer
Dans un programme immobilier classique, la répartition des logements est largement fixée avant leur commercialisation. On peut parfois déplacer une cloison ou choisir ses finitions, rarement décider qu’un appartement occupera deux niveaux plutôt qu’un.
L’Immeuble Idéal inverse en partie cette logique. Les acquéreurs peuvent indiquer leur budget, la surface recherchée, le nombre de pièces et leurs préférences d’étage et d’orientation. Une application permet de combiner ces demandes pour composer des logements traversants, des duplex ou des triplex.
Jusqu’à quinze appartements doivent ainsi prendre place dans ce bâtiment de six étages au-dessus du rez-de-chaussée, développé par les entreprises marseillaises Modus Ædificandi et Procivis Provence.
Le principe repose sur une séparation : la structure qui porte le bâtiment ne dicte pas nécessairement les limites de chaque pièce. L’ossature en poteaux et poutres reprend les charges, tandis que les espaces intérieurs peuvent être distribués plus librement. Les concepteurs prévoient également des réseaux techniques adaptables pour accompagner les changements de configuration.
L’ambition dépasse la livraison. Le promoteur donne notamment l’exemple d’un duplex qui pourrait être séparé en deux logements. Cette évolution resterait soumise aux règles de copropriété et au cadre du bail réel solidaire (BRS), régime sous lequel les appartements sont commercialisés.
Le sur-mesure impose sa précision à l’usine
Pour construire cet ensemble, Modus Ædificandi s’est associé à Rector Lesage et au constructeur STAM autour d’un système baptisé Urban Lite.
À Berre-l’Étang, Rector Lesage produit notamment les prémurs et les prédalles. Ces éléments en béton sont fabriqués en usine, puis transportés à Marseille selon l’avancement des travaux. Cette organisation doit réduire les opérations et les nuisances sur le chantier, au milieu d’un quartier déjà construit.
L’assemblage de l’ossature exige, lui, une grande précision.
Urban Lite utilise des liaisons mécaniques par brochage entre poteaux et poutres préfabriqués. Les points de fixation doivent tomber exactement en face les uns des autres sur le chantier. Pour y parvenir, Rector Lesage a développé des moules spécifiques, capables de positionner précisément les assemblages dans le béton.
Le procédé combine ainsi deux exigences qui ne vont pas naturellement ensemble : répéter une méthode de fabrication et de montage, tout en produisant les éléments particuliers nécessaires à chaque bâtiment.
L’expérimentation marseillaise ne porte donc pas sur la préfabrication du béton, déjà courante, mais sur son association avec une architecture configurable, une ossature relativement légère et des assemblages destinés à faciliter le montage.
Un premier chantier pour éprouver la méthode
Soutenu par France 2030, via l’ADEME, Urban Lite est conçu pour être reproduit, notamment sur des parcelles urbaines où l’espace manque.
Modus Ædificandi avance une économie d’environ 30 % sur la masse des matériaux par rapport à une construction conventionnelle. Ce chiffre reste une estimation de l’entreprise, sans bilan comparatif indépendant publié.
Le chantier de la Blancarde constitue le premier démonstrateur grandeur nature du procédé. Il doit permettre d’éprouver la fabrication, les assemblages et leur mise en œuvre sur un bâtiment complet. La possibilité de transformer facilement les logements après plusieurs années d’occupation demandera, elle, davantage de recul.
Selon le calendrier rapporté fin octobre, la livraison est attendue fin 2027. Pour l’instant, les poteaux et poutres du rez-de-chaussée sont en place et les dalles doivent suivre. À la Blancarde, ces pièces industrielles devront former un immeuble capable d’accueillir des appartements dessinés sur mesure.
Sources consultées
- Modus ÆdificandiLe chantier de L'Immeuble Idéal se poursuit : les poteaux et poutres préfabriqués Urban Lite sont posés au RDC
- L'Immeuble IdéalConcept : des volumes personnalisables et évolutifs
- Rector LesageLe POC A du projet Urban Lite : préfabrication, construction sèche et finitions architecturales
- ADEMEUrban Lite : construire la ville sur la ville, en hors-site
- Made in MarseilleDans les coulisses de la fabrication du premier immeuble modulable de Marseille