Article

Inondations en pays d’Arles : 150 agneaux noyés, la récolte de riz compromise et les canaux en question

À Moulès, 150 agneaux ont péri. À Raphèle, 180 hectares de riz attendent la moisson. Les pertes agricoles et la saturation des canaux interrogent l'après-crue.

Illustration - Rizières camarguaises inondées

Huit jours après les inondations du 20 octobre, les pertes agricoles se précisent dans le pays d’Arles. À Moulès, 150 agneaux sont morts noyés dans une bergerie. À Raphèle, la récolte n’avait pas encore commencé sur 180 hectares de riz lorsque l’eau a submergé les parcelles. Le Centre français du riz estimait, le 26 octobre, qu’environ 2 000 hectares de rizières avaient été touchés. Le Département avance près de 2 500 hectares.

Au 26 octobre, la baisse du niveau des canaux permettait à certains riziculteurs de Raphèle de commencer à pomper. Le dernier point opérationnel publié par la Ville d’Arles, daté du 23 octobre, signalait encore des inondations entre le sud de Raphèle et Mas-Thibert, ainsi que des routes coupées. Aucun bilan public plus récent n’a pu être vérifié au 28 octobre pour confirmer la réouverture de tous les axes ou la fin des pompages.

Le Département a annoncé un million d’euros d’aide exceptionnelle aux exploitations sinistrées. Mais les conséquences dépassent les dégâts matériels : les agriculteurs doivent payer leurs charges alors que les récoltes qui devaient les financer sont compromises. Et les inondations ont ouvert un débat sur la capacité des canaux, indispensables à l’agriculture camarguaise, à évacuer de telles quantités d’eau.

À Moulès, l’eau a englouti une bergerie en trois heures

Au Mas Compagnon, à Moulès, Manon Bonnet a vu l’eau monter d’un mètre dans sa bergerie en trois heures, le mardi 20 octobre. À 6 heures, les bâtiments étaient encore secs. Les pompiers ont réussi à évacuer les 250 brebis et à sauver une cinquantaine des 200 agneaux de l’exploitation. Les 150 autres sont morts noyés.

Six jours plus tard, lors d’un reportage d’Objectif Sud, l’éleveuse attendait toujours le passage des experts. Elle devait également nourrir au biberon les agneaux survivants, que leurs mères ne reconnaissaient plus après l’inondation.

Les difficultés concernent aussi l’alimentation des troupeaux. Le 23 octobre, Mandy Graillon, première adjointe au maire d’Arles, estimait qu’une cinquantaine d’éleveurs avaient été touchés, dont 80 % manquaient de foin. Les prairies de fauche sont inondées, certains stocks ont pris l’eau et les animaux doivent être nourris alors qu’ils auraient normalement encore accès aux pâturages. Il faudra reconstituer les stocks, remettre les installations en état et, pour certains élevages, remplacer les animaux perdus.

Le riz pousse dans l’eau, mais ne se récolte pas sous l’eau

Au Mas du Petit Mollegès, à Raphèle, l’exploitation de la famille Moschini n’avait pas encore commencé la moisson de ses 180 hectares de riz. Le 26 octobre, les parcelles étaient encore sous l’eau, ou présentaient des plants couchés et des grains ayant commencé à germer.

La situation paraît paradoxale pour une culture traditionnellement inondée. Mais l’eau des rizières est normalement maîtrisée. En Camargue, les champs sont mis en eau au printemps, puis progressivement vidangés à partir de la fin août pour permettre aux moissonneuses de circuler. La récolte s’étend habituellement de la mi-septembre à la fin octobre.

L’eau arrivée le 20 octobre a donc frappé au moment où les parcelles auraient dû être accessibles aux machines. Chez les Moschini, le pompage commençait seulement à devenir possible le 26 octobre. Même après le retrait de l’eau, les sols devront suffisamment sécher avant le passage des engins.

L’étendue exacte des pertes reste à établir. François Clément, directeur du Centre français du riz, évoquait environ 2 000 hectares de rizières affectés le 26 octobre, tandis que le Département en comptabilisait près de 2 500. Les périmètres de ces estimations ne sont pas clairement harmonisés. Surtout, une surface inondée ne correspond pas nécessairement à une récolte entièrement détruite.

Pour les exploitants, l’incertitude est déjà financière. Dans le reportage d’Objectif Sud, Christine Moschini résumait la difficulté : « On vit à crédit. On nous avance les achats et on paie à la récolte. » Les échéances demeurent, même lorsque le riz ne peut pas être vendu.

Une aide qui arriverait plusieurs mois après les dégâts ne répondrait pas aux mêmes difficultés qu’un soutien disponible immédiatement.

Pourquoi l’eau ne s’est-elle pas évacuée ?

Les pluies des 20 et 21 octobre sont tombées sur un territoire dont les canaux étaient déjà fortement chargés. Les riziculteurs réunis au Centre français du riz le 26 octobre ont expliqué que les épisodes pluvieux des 29 septembre et 6 octobre avaient saturé une partie du réseau hydraulique.

À Moulès, l’eau provenant des canaux de la Haute Crau a envahi la bergerie de Manon Bonnet. Dans d’autres secteurs, notamment autour du canal de Craponne, des mas et des parcelles se trouvent en contrebas des ouvrages. L’eau ne peut pas toujours s’écouler naturellement vers les canaux lorsqu’ils sont déjà remplis. Elle doit alors être pompée, avec des difficultés supplémentaires pour accéder aux terrains inondés.

Le 23 octobre, la Ville d’Arles indiquait que le niveau du Vigueirat commençait à baisser. Aucune rupture de digue n’avait été constatée et les opérations d’évacuation se poursuivaient vers le Rhône et la mer.

Ce fonctionnement hydraulique est désormais au centre des discussions. Lors de son déplacement du 26 octobre, Martine Vassal a annoncé vouloir réexaminer la gestion des associations syndicales autorisées (ASA), structures regroupant notamment des propriétaires pour gérer certains ouvrages hydrauliques. Selon elle, certaines ne disposent pas des moyens nécessaires à l’entretien des canaux.

La présidente du Département a également évoqué des études hydrauliques et un travail avec le Symadrem, l’organisme chargé d’ouvrages de protection contre les crues du Rhône. Aucun défaut d’entretien responsable des dégâts n’est établi à ce stade.

Martine Vassal souligne que les protections ont surtout été conçues pour surveiller et contenir les débordements du Rhône. Les pluies d’octobre montrent une autre difficulté : évacuer l’eau tombée directement sur les plaines agricoles et leurs bassins versants lorsque plusieurs épisodes intenses se succèdent.

Des aides annoncées, mais pas encore distribuées

Le fonds exceptionnel d’un million d’euros présenté le 26 octobre par le Département doit soutenir les exploitations touchées, de la riziculture à l’élevage, en passant par le maraîchage et l’arboriculture. Son vote est annoncé pour début novembre. Les montants par exploitation et les critères d’attribution restent à définir avec les organisations agricoles.

La Région Sud a également annoncé la mobilisation de son fonds d’adaptation au changement climatique, doté de cinq millions d’euros par an. Cette enveloppe concerne les collectivités, les entreprises et les agriculteurs sinistrés, et ne correspond donc pas à cinq millions d’euros supplémentaires réservés aux exploitations agricoles. Une aide forfaitaire de 5 000 euros, évoquée par Objectif Sud, doit encore être votée. Selon Marsactu, le dispositif régional sera soumis à la séance plénière du 11 décembre.

En parallèle, la reconnaissance de catastrophe naturelle suit son propre calendrier. Une commission interministérielle anticipée était annoncée pour le 27 octobre. Au 28 octobre, aucun arrêté publié concernant les inondations du 20 octobre n’a pu être confirmé. L’arrêté du 16 octobre, publié le 23, reconnaît des inondations estivales à Marseille et Rognac, pas celles du 20 octobre. La reconnaissance conditionne l’activation de la garantie catastrophe naturelle pour les dommages entrant dans son champ, mais ne garantit pas l’indemnisation de toutes les pertes agricoles.

Les sinistrés ne doivent pas attendre cette décision pour déclarer les dommages à leur assureur. La Ville d’Arles a ouvert une cellule d’aide aux déclarations d’assurance au Pôle de services publics 1, 11 avenue Parmentier, avec un accueil annoncé de 9 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 16 h. Elle est joignable au 04 90 49 35 49 et à l’adresse intemperies@ville-arles.fr.

Pour les déplacements, les habitants doivent respecter les fermetures signalées sur place et ne jamais s’engager sur une chaussée inondée. La liste des routes coupées publiée le 23 octobre ne permet pas, à elle seule, de connaître les restrictions encore applicables le 28.

Après les premières conséquences humaines des inondations, le pays d’Arles affronte maintenant les conséquences agricoles et financières de la catastrophe. Début novembre, le vote du fonds départemental devra préciser quelle aide pourra arriver rapidement. Au Mas du Petit Mollegès, chaque journée passée à attendre l’assèchement des terres rapproche les échéances financières sans permettre de récolter le riz.

Sources consultées
  1. Ville d'ArlesIntempéries : Martine Vassal aux côtés des agriculteurs sinistrés
  2. Objectif SudFAIT DU SOIR Inondations en Pays d'Arles : Martine Vassal au contact des agriculteurs sinistrés
  3. Conseil départemental des Bouches-du-RhôneInondations : Martine Vassal débloque 1 million d'euros pour les agriculteurs et éleveurs sinistrés
  4. Ville d'ArlesInondations à Arles : le point sur la situation
  5. Région SudInondations : François de Canson mobilise un fonds régional d'urgence de 5 millions d'euros
  6. Ville d'ArlesInondations à Arles : déclarations auprès des assurances, la Ville ouvre une cellule d'aide aux sinistrés