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Procès du frère d'Amine Kessaci : à Aix, la justice envisage de déplacer ses grandes audiences hors du centre-ville

Cinq hommes jugés dès le 19 octobre pour un triple assassinat. Face aux procès sous haute sécurité, une salle près d'Aix-Luynes est envisagée.

Illustration - Palais de justice à Aix

Le procès du triple assassinat de décembre 2020, dont celui de Brahim Chabane, demi-frère du militant antinarcotrafic Amine Kessaci, s’ouvre lundi 19 octobre à Aix-en-Provence. Cinq hommes doivent comparaître devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône jusqu’au 6 novembre. Pour sécuriser cette audience, une centaine de policiers et plusieurs hélicoptères sont annoncés.

Le procureur général d’Aix-en-Provence, Franck Rastoul, envisage désormais la construction d’une salle d’audience près de la prison d’Aix-Luynes, hors du centre-ville.

Un triple assassinat, près de six ans d’attente

Le 29 décembre 2020, les corps de Brahim Chabane, 22 ans, et de Réda Khaldi sont découverts dans une voiture incendiée aux Pennes-Mirabeau. Une semaine plus tard, celui de Nassim Loubani est retrouvé dans un second véhicule brûlé.

L’accusation voit dans ces trois morts un règlement de comptes lié au contrôle des trafics marseillais. Parmi les cinq hommes poursuivis figurent Karim Harrat, soupçonné d’avoir commandité les assassinats, et Amine Oualane, considéré par les enquêteurs comme l’un des dirigeants de la DZ Mafia. Les responsabilités de chacun restent à établir par la cour.

Amine Kessaci, devenu adjoint au maire de Marseille et figure de la lutte contre le narcotrafic, s’est constitué partie civile. Il a également perdu son frère cadet Mehdi, assassiné en novembre 2025 dans une affaire distincte. Le procès qui s’ouvre à Aix concerne exclusivement les trois morts de 2020.

Le centre d’Aix sous haute sécurité

En mars et avril derniers, le centre d’Aix avait déjà connu un dispositif de sécurité considérable pour un autre procès impliquant plusieurs figures présumées de la criminalité marseillaise. Les déplacements de détenus, les contrôles autour du palais et la protection des audiences avaient mobilisé d’importants moyens.

Cette répétition pousse Franck Rastoul à envisager un autre lieu. Dans un entretien publié par Le Monde le 18 octobre, il constate que « ces procès exceptionnels ne sont plus exceptionnels à force de se répéter ».

Une salle spécialement adaptée, à proximité d’Aix-Luynes, permettrait de raccourcir les trajets des escortes pénitentiaires et de limiter les dispositifs déployés dans les rues commerçantes. Le magistrat souhaite conserver un lieu judiciaire offrant un haut niveau de sécurité.

Pour l’instant, il s’agit d’une proposition. Aucun budget ni calendrier de construction n’a été annoncé pour Aix-Luynes.

583 dossiers criminels en stock

La difficulté ne tient pas seulement à la protection des audiences. Selon les chiffres communiqués par Franck Rastoul à l’AFP, le ressort de la cour d’appel d’Aix, qui comprend huit tribunaux judiciaires, compte 583 dossiers criminels en stock.

Le magistrat souligne aussi que la chambre de l’instruction chargée des affaires de criminalité organisée de Marseille et de ses environs consacre 80 % de son activité aux contentieux de la détention provisoire. Il ne lui resterait que 20 % pour examiner les dossiers sur le fond.

Ces recours protègent les droits des personnes détenues avant leur jugement, mais leur nombre réduit le temps disponible pour l’examen des dossiers sur le fond. Une nouvelle salle d’audience ne résoudrait pas, à elle seule, cet engorgement.

La procédure évolue également. Depuis le 5 janvier 2026, les crimes commis en bande organisée relèvent d’une cour d’assises composée uniquement de magistrats professionnels, sans jury populaire. Cinq magistrats doivent ainsi juger les accusés dans l’affaire Kessaci. La réforme vise notamment à prévenir les pressions sur les jurés.

Déplacer les audiences, à quel prix ?

Aix n’est pas seule à chercher de nouvelles solutions. En mai 2026, le ministère de la Justice a annoncé une salle pour les grands procès sur le domaine pénitentiaire de Fleury-Mérogis, dans l’Essonne. Prévue pour fin 2027, elle doit notamment limiter les transferts de détenus, avec un coût annoncé inférieur à 10 millions d’euros.

À Fleury-Mérogis, ce choix suscite les réserves de l’Union syndicale des magistrats. Le syndicat rappelle qu’un tribunal doit offrir un cadre neutre, accessible au public, et préserver l’apparence d’impartialité. Faciliter les escortes et sécuriser les audiences ne dispense pas de garantir la publicité des débats et les droits de la défense. Contrairement au projet de Fleury-Mérogis, la salle envisagée à Aix serait située près du centre pénitentiaire, et non nécessairement sur son domaine.

À Aix, les contraintes sont déjà visibles. La mairie interdit la circulation automobile en semaine, de 6 h à 20 h, dans les rues Peyresc, Monclar, Rifle-Rafle et des Bouteilles, autour des palais Verdun et Monclar. Le stationnement y est interdit du 18 octobre au soir jusqu’au 13 novembre. Les piétons peuvent toujours accéder au quartier.

Les cinq accusés seront jugés au cœur d’Aix. Les restrictions autour des palais Verdun et Monclar, elles, se prolongeront jusqu’au 13 novembre, une semaine après la fin prévue des audiences.

Sources consultées
  1. Le MondeÀ Aix-en-Provence, le procès d'un triple homicide qui a préfiguré la montée en puissance de la DZ Mafia
  2. Agence France-Presse, dépêche reproduite par MaritimaÀ Aix, un procès hyper-sécurisé qui relance le débat sur la justice criminelle
  3. Association de la Presse JudiciaireProcès de cinq hommes pour l'assassinat de Brahim Kessaci, cour d'assises d'Aix
  4. Cour de cassationCriminalité organisée : la nouvelle composition de la cour d'assises
  5. Union syndicale des magistratsCommuniqué de presse de l'USM : Fleury-Mérogis, 165e tribunal judiciaire ?
  6. Ville d'Aix-en-ProvenceProcès d'assises, restrictions temporaires de circulation et de stationnement