
Le collégien de 14 ans soupçonné d’avoir ouvert le feu au collège Joseph-Lakanal d’Aubagne (Bouches-du-Rhône) a été mis en examen mercredi 14 octobre, puis placé en détention provisoire dans la soirée. Le Parquet national antiterroriste (PNAT) examine désormais les tirs du 12 octobre comme de possibles tentatives d’assassinat à caractère terroriste. Trois juges d’instruction ont été saisis.
Deux jours après l’attaque, le principal reste hospitalisé, sans que son pronostic vital soit engagé. L’enseignante également blessée par balle est sortie de l’hôpital. Leurs incapacités totales de travail, au sens médico-légal, ont été fixées à 45 et 10 jours. Au collège, qui accueille environ 625 élèves, les cours habituels restent perturbés et une cellule d’urgence médico-psychologique accueille élèves, familles et personnels.
Pour justifier sa saisine, le PNAT invoque la préparation de l’attaque, les tirs répétés contre des membres de la communauté éducative et une possible influence de la True Crime Community (TCC), une mouvance numérique qui glorifie les auteurs de tueries de masse.
Des mois de préparation, plusieurs personnes visées
Lundi 12 octobre, vers 9 h 20, l’adolescent entre dans son collège avec un fusil de chasse dissimulé dans un étui à guitare. Il tire sur le principal et une enseignante, les blessant, puis poursuit sa progression dans le bâtiment. À l’étage, il fait feu devant une autre enseignante, puis dans une salle de classe occupée.
Le conseiller principal d’éducation, qui participe à l’évacuation des élèves et des personnels, parvient à désarmer le jeune homme. Celui-ci est interpellé peu après.
Lors de sa garde à vue, l’adolescent reconnaît les faits et admet avoir préparé son projet pendant plusieurs mois. Il conteste cependant avoir voulu tuer. Il explique avoir agi pour se venger d’enseignants et de camarades qui l’auraient harcelé, des accusations que les investigations n’ont pas corroborées à ce stade.
Pour le PNAT, la préméditation et les tirs répétés et indiscriminés en direction de la communauté éducative figurent parmi les éléments justifiant l’examen d’une finalité terroriste. L’intention de tuer et la motivation terroriste restent à établir par l’instruction.
Une fascination pour les massacres scolaires
L’exploitation des supports numériques du suspect a fait apparaître de nombreux comptes sur les réseaux sociaux. L’un d’eux servait notamment à republier des contenus liés à la True Crime Community.
Cette mouvance rassemble des communautés en ligne fascinées par les crimes et leurs auteurs. Une partie de cet univers numérique se concentre sur les tueurs de masse, dont certains deviennent des figures admirées. Les utilisateurs échangent récits, images et publications, parfois jusqu’à glorifier les attaques et leurs auteurs.
Selon le PNAT, la diffusion répétée de contenus ultraviolents peut contribuer à banaliser la violence et à présenter l’imitation des tueurs comme une réponse aux difficultés personnelles. C’est précisément ce mécanisme que les enquêteurs cherchent à examiner dans le parcours du collégien d’Aubagne.
Interrogé sur ses activités numériques, l’adolescent reconnaît avoir été influencé par cette communauté, mais nie avoir agi en son nom.
La TCC constitue un ensemble disparate de communautés, pas nécessairement une organisation dont les membres recevraient des instructions. Les juges devront déterminer quels contenus le suspect consultait ou diffusait, quelles interactions il entretenait et comment ces éléments ont éventuellement contribué à la préparation de l’attaque.
Selon l’AFP, la justice antiterroriste fait pour la première fois en France ce rapprochement avec la TCC dans une attaque effectivement commise. D’autres enquêtes avaient déjà mis au jour de tels centres d’intérêt, notamment dans des projets d’attentat déjoués.
Pourquoi la justice antiterroriste intervient-elle ?
Le droit français permet de qualifier certains crimes de terroristes lorsqu’ils sont intentionnellement liés à une entreprise visant à troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur. Cette entreprise peut être individuelle : elle ne suppose pas nécessairement l’existence d’un groupe organisé ou d’une revendication politique ou religieuse.
À Aubagne, l’information judiciaire porte notamment sur des tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste et sur une association de malfaiteurs terroriste. Cette seconde qualification suppose de rechercher une éventuelle entente préparant des actes terroristes, caractérisée par des faits matériels.
Les magistrats doivent donc établir l’intention qui accompagnait les tirs et le rôle éventuel des contenus numériques dans le projet. La qualification antiterroriste ouvre une enquête spécialisée ; elle ne préjuge pas des conclusions des juges ni de la culpabilité du mineur, qui demeure présumé innocent.
L’origine du fusil fait aussi l’objet de vérifications
Comment un adolescent a-t-il pu se procurer un fusil de chasse et des munitions avant de les introduire dans son établissement ?
Les deux parents, placés en garde à vue après les faits, ont été remis en liberté mardi soir. Une procédure distincte a toutefois été ouverte pour vérifier la régularité des armes détenues par le père, selon le parquet de Marseille.
D’après une source proche du dossier citée par l’AFP, celui-ci est un ancien militaire pratiquant le tir sportif. L’origine précise du fusil utilisé au collège et les conditions dans lesquelles le mineur a pu y accéder ne sont pas établies publiquement.
Ces vérifications concernent un aspect très différent de l’influence numérique : l’accès à une arme et sa conservation. Elles permettront notamment de déterminer si les obligations applicables ont été respectées.
Au collège, une reprise encore incertaine
Selon une information d’ICI Provence publiée le 14 octobre, les cours habituels doivent rester suspendus au moins jusqu’au jeudi 15 octobre au soir, remplacés par des temps de parole. La mairie avait toutefois évoqué auprès de TF1 une reprise progressive par niveau, sur la base du volontariat, dès jeudi. Ces annonces ne concordent pas entièrement. Les familles doivent donc se référer aux dernières communications du collège.
Selon ICI Provence, la cellule d’urgence médico-psychologique doit accueillir les personnes concernées jeudi 15 octobre, de 9 h à 17 h. L’association d’aide aux victimes AVAD, sollicitée dans cette affaire, peut également être contactée pour un accompagnement.
Les tirs du 12 octobre avaient conduit à l’évacuation de l’établissement et au désarmement de l’adolescent par le conseiller principal d’éducation. Les juges doivent désormais établir comment l’attaque a été préparée, le rôle éventuel de la TCC et l’origine du fusil. Pour les élèves du collège Joseph-Lakanal, l’échéance la plus proche reste la reprise des cours, dont les modalités doivent encore être confirmées.
Sources consultées
- Agence France-PresseFusillade d'Aubagne : détention provisoire pour le collégien, « influencé » par les tueries de masse
- Agence France-Presse / TV5MONDEFusillade d'Aubagne : détention requise contre le collégien, « influencé » par les tueries de masse
- ICI Provence / Radio FranceCollège d'Aubagne : les cours dans l'établissement Joseph-Lakanal suspendus au moins jusqu'à jeudi soir
- TF1 InfoEN DIRECT - Tirs dans un collège à Aubagne : le placement en détention du suspect de 14 ans requis
- LégifranceCode pénal, articles 421-1 et 421-2-1
- AVADContact, Association d'aide aux victimes d'actes de délinquance