
Au parc de la Ravelle, dans le 13e arrondissement de Marseille, les berges du Jarret peuvent abriter chouettes hulottes, hérissons, rainettes et quantité d’insectes. Cette vie discrète devra désormais être prise en compte dans les futures décisions d’éclairage public. Ce vendredi 9 octobre, Marseille lance un atlas de sa biodiversité nocturne, avec trois ans pour comprendre où ses lumières gênent les animaux et comment y remédier.
Le projet, baptisé « L’Appel de la Nuit », part d’un problème invisible en plein jour : un lampadaire peut éclairer utilement un chemin tout en coupant le passage à certaines espèces.
Deux cartes de Marseille à superposer
Les chauves-souris ne réagissent pas toutes de la même manière à la lumière. Certaines évitent les secteurs éclairés, quitte à renoncer à des trajets entre leurs lieux de chasse et leurs refuges. Les papillons de nuit peuvent être attirés et piégés autour des lampadaires. Un espace vert ne suffit donc pas toujours à assurer la continuité d’un habitat.
Pour repérer ces obstacles, le nouvel Atlas de la biodiversité communale nocturne va croiser deux types d’informations : les observations d’animaux et les mesures de lumière artificielle.
Le Groupe Chiroptères de Provence, la Ligue pour la protection des oiseaux, le Conservatoire d’espaces naturels PACA et le Cerema participeront aux inventaires et aux travaux techniques, avec le soutien de l’Office français de la biodiversité.
L’idée de cartographier l’obscurité n’est pas nouvelle. Dès 2023, le Cerema avait étudié la pollution lumineuse sur le territoire de la métropole Aix-Marseille-Provence, à partir d’images satellites et de mesures sur le terrain. Le nouvel atlas doit croiser les données lumineuses avec les inventaires d’espèces pour guider les choix d’éclairage.
Des îles, une rivière et une friche
Trois secteurs de Marseille ont été retenus pour les expérimentations.
Au Frioul, déjà engagé dans une démarche de gestion écologique des îles, la question de la lumière rejoint celle de la protection des milieux insulaires.
Au Jarret, autour de la Ravelle, il s’agit d’une rivière que beaucoup de Marseillais connaissent surtout comme le nom d’un boulevard. Pourtant, dans le 13e arrondissement, le cours d’eau circule à l’air libre, entre des berges boisées qui accueillent notamment la chouette hulotte, le pic épeichette et la bergeronnette des ruisseaux. La Ville travaille déjà à préserver cette continuité écologique.
La Denise, dans le 11e arrondissement, est une friche urbaine naturelle où des associations agissent pour préserver la biodiversité et associer les riverains à la gestion du site.
Les solutions d’éclairage propres à chaque secteur restent à déterminer. Après les inventaires, plusieurs possibilités seront étudiées : diminuer l’intensité lumineuse, orienter autrement les lampadaires, installer des LED ambrées ou éteindre certains éclairages pendant une partie de la nuit. La Ville prévoit de consulter les usagers des secteurs concernés.
Il faudra conserver la lumière là où elle rend service, sans éclairer inutilement les habitats et les passages de la faune. Au terme des trois années, les observations doivent permettre à Marseille de définir un plan d’action sur ses éclairages.
Ce week-end, la nuit se découvre gratuitement
Les habitants peuvent déjà explorer cette Marseille méconnue à l’occasion du Jour de la Nuit, vendredi 9 et samedi 10 octobre.
Vendredi, le lancement officiel se tient de 19 h à 21 h à la mairie des 2e et 3e arrondissements, au 2, place de la Major. Le lieu et l’horaire ont été modifiés. La rencontre est gratuite, ouverte à partir de 10 ans, dans la limite des places disponibles.
Samedi, au Muséum et au parc Longchamp, les visiteurs pourront découvrir les traces d’animaux nocturnes de 14 h à 18 h, puis participer à une enquête sonore de 16 h à 20 h. Ces activités sont gratuites, sans réservation.
Au Frioul, la Maison des îles et du Littoral propose des observations de 17 h à 19 h, en accès libre. À l’observatoire de Longchamp, Saturne pourra être admirée à la grande lunette historique de 20 h 30 à 22 h 30, si la météo le permet. Les promenades naturalistes du parc Athéna et du col de Sugiton affichent déjà complet.
Samedi soir, certains éclairages de l’Hôtel de Ville, du palais du Pharo et du Frioul seront temporairement éteints. Une première occasion de découvrir Marseille autrement, avant que les inventaires ne déterminent quelles lumières mériteraient d’être durablement modifiées.
Sources consultées
- Ville de MarseilleL’Appel de la Nuit : un projet pour préserver la biodiversité nocturne
- Ville de MarseilleLe Jour de la Nuit, venez observer la biodiversité nocturne vendredi 9 et samedi 10 octobre
- LPO Provence-Alpes-Côte d'AzurDécouverte de la biodiversité du Jarret à Marseille
- Ville de MarseilleTrame turquoise : la Ville de Marseille agit pour protéger la biodiversité de la rivière du Jarret
- CeremaLe Cerema aux Assises nationales de la biodiversité 2023
- LPO« Plus Belle Ma Friche », lauréat du projet Pépites Naturelles à Marseille