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Notre-Dame de la Garde, monument historique 162 ans après sa consécration

La Bonne Mère est enfin inscrite aux monuments historiques. Derrière cette décision, des années de discussions entre l'État et le diocèse, et de nouvelles règles de conservation.

Illustration - Basilique Notre-Dame de la Garde

Notre-Dame de la Garde est désormais inscrite au titre des monuments historiques. L’arrêté signé le 29 septembre 2026 met fin à une situation étonnante : 162 ans après sa consécration, le monument le plus emblématique de Marseille ne bénéficiait toujours pas de cette protection.

La Bonne Mère n’était pourtant pas sans protection. Depuis 1917, sa colline, sur environ 15 hectares, est classée au titre des sites pour préserver le paysage, autrefois menacé par l’exploitation de carrières. Mais ce dispositif ne protégeait pas la basilique elle-même comme monument historique. Celle-ci accueille pourtant environ 2,3 millions de visiteurs par an.

Un sanctuaire religieux, un patrimoine partagé

La propriété du lieu aide à comprendre les discussions récentes. Notre-Dame de la Garde appartient au diocèse de Marseille, qui doit concilier la conservation de l’édifice avec son fonctionnement quotidien de sanctuaire.

En janvier 2025, lorsque la ministre de la Culture Rachida Dati avait annoncé vouloir protéger une cinquantaine de monuments marseillais, dont la Bonne Mère, le diocèse avait immédiatement rappelé qu’aucune décision n’était prise. Selon Télérama, les responsables religieux souhaitaient notamment s’assurer qu’un classement ne compliquerait pas la vie liturgique et paroissiale.

Les discussions avec la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) étaient engagées depuis plusieurs années. Elles ont finalement abouti à une inscription, formule moins contraignante qu’un classement.

Juridiquement, l’inscription peut être décidée par le préfet de région sans l’accord du propriétaire, contrairement à la procédure ordinaire de classement. Mais la coopération du diocèse reste essentielle pour entretenir le monument. En septembre 2026, la DRAC indiquait avoir obtenu son accord sur le périmètre retenu.

Celui-ci dépasse largement la basilique. Selon les précisions de la DRAC recueillies par Made in Marseille, la protection englobe l’ancien fort et ses bastions, la grande terrasse supérieure, le grand escalier, le pont-levis et les deux candélabres du parvis inférieur.

Le fort édifié sous François Ier en 1536 et la basilique conçue au XIXe siècle par Henri-Jacques Espérandieu sont désormais protégés ensemble.

Une protection qui change les règles des restaurations

L’inscription soumet désormais les modifications du monument à de nouvelles formalités. Le diocèse devra informer le préfet de région au moins quatre mois avant toute modification. Hors entretien courant, les travaux nécessitent généralement un permis ou une déclaration, avec l’accord du préfet.

Ces règles s’appliquent à un monument dont l’entretien coûte cher.

En 2025, la restauration de la statue dorée et du clocher représentait un programme de 2,8 millions d’euros. Le diocèse avait réuni 1,5 million d’euros grâce aux dons de plus de 40 000 personnes, au mécénat d’entreprises et aux ventes de produits dérivés. Les 1,3 million restants correspondaient à des subventions publiques demandées, annoncées ou votées par la Ville, la Métropole, le Département et la Région.

Les collectivités pouvaient donc déjà contribuer à la conservation du sanctuaire avant son inscription. Le nouveau statut ajoute la possibilité de solliciter des aides de l’État spécifiques aux monuments historiques, attribuées selon les projets et les budgets disponibles.

La décision peut également concerner les immeubles voisins. En l’absence de périmètre délimité, les travaux susceptibles de modifier l’aspect extérieur d’un bâtiment ou d’un terrain situé à moins de 500 mètres et dans le champ de visibilité du monument nécessitent l’accord de l’architecte des Bâtiments de France. La portée supplémentaire de cette protection autour de la colline reste à préciser, compte tenu des dispositifs déjà existants.

Pour le diocèse, l’enjeu immédiat est de poursuivre les restaurations tout en maintenant l’accueil des fidèles et des visiteurs. Il envisage notamment de rénover l’éclairage intérieur et le pont-levis, selon la Ville de Marseille. Ce dernier fait désormais partie des éléments protégés de la Bonne Mère.

Sources consultées
  1. Diocèse de MarseilleNotre-Dame de la Garde inscrite au titre des Monuments Historiques : une reconnaissance pour le patrimoine et la mémoire de Marseille
  2. Ville de MarseilleNotre-Dame de la Garde officiellement inscrite au titre des Monuments historiques
  3. Diocèse de Marseille2,8 millions de mercis !
  4. TéléramaRachida Dati au secours du patrimoine marseillais ? Sur place, on ne l'a pas attendue pour lancer le chantier
  5. Made in MarseilleNotre-Dame de la Garde inscrite au titre des monuments historiques dans les prochaines semaines
  6. Ministère de la CultureRéaliser des travaux en abords d'un monument historique