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À Marseille, le coup de matraque qui place une intervention des CRS sous enquête

Devant le lycée Marie-Curie, un adolescent a été blessé à la tête lors d'une intervention des CRS. L'IGPN enquête sur un coup de matraque dont les circonstances sont contestées.

Illustration - lycée, silhouettes et boucliers

Mercredi 7 octobre, devant le lycée Marie-Curie à Marseille, des enseignants se placent entre les CRS et leurs élèves. Selon plusieurs témoignages, les manifestants s’assoient sur la chaussée. Lors de la dispersion, un lycéen de 17 ans reçoit un coup de matraque à la tête. Des images diffusées montrent un policier lui porter ce coup. Le jeune homme dira avoir eu besoin de six points de suture.

Le parquet de Marseille a ouvert une enquête pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique et avec arme », confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). L’enjeu n’est pas seulement de savoir pourquoi les CRS ont dispersé le rassemblement, mais dans quelles circonstances un policier a frappé cet adolescent.

Des tirs de mortiers, puis une charge contestée

Le rassemblement avait commencé tôt le matin devant le lycée technologique du quartier de la Timone. Selon la préfecture de police, environ cent personnes bloquaient l’accès à l’établissement et la circulation. Les CRS étaient venus permettre l’entrée des autres élèves et libérer la voie publique.

La préfecture affirme que les forces de l’ordre ont essuyé des tirs de mortiers d’artifice. Elle indique avoir effectué plusieurs sommations avant de disperser les participants avec des gaz lacrymogènes. Aucun des témoins interrogés sur place par Marsactu ne confirme toutefois avoir entendu ces sommations. La préfecture fait état de cinq CRS blessés, dont quatre souffrant de contusions et un d’acouphènes. Un jeune soupçonné d’avoir tiré des mortiers a été interpellé.

Les tirs ne sont pas niés par tous les manifestants. Interrogé par RTL, l’adolescent blessé reconnaît que certaines personnes présentes ont utilisé des mortiers contre les policiers.

Mais il conteste le déroulement de la charge. Il raconte que ses professeurs avaient formé une chaîne humaine et que les participants s’étaient assis. Alors qu’il se relevait pour reculer, un policier l’aurait saisi et un autre frappé à la tête par derrière. Il affirme avoir ensuite été jeté au sol et frappé à plusieurs reprises.

Une lycéenne de 16 ans, interrogée par l’AFP, décrit des policiers avançant avec leurs boucliers sur les enseignants assis au premier rang. Les vidéos recueillies par Marsactu montrent des manifestants dispersés à coups de matraque et de gaz lacrymogène.

Ces éléments documentent la violence de l’intervention, mais ne permettent pas de reconstituer entièrement la séquence précédant le coup à la tête. La préfecture, qui reconnaît la blessure, indiquait initialement ne pas en connaître les circonstances exactes.

Une dispersion autorisée ne justifie pas automatiquement chaque geste

Le droit français permet aux forces de l’ordre de disperser un attroupement susceptible de troubler l’ordre public. L’article L. 211-9 du code de la sécurité intérieure prévoit normalement deux sommations, mais autorise l’emploi direct de la force lorsque des violences sont exercées contre les policiers ou qu’ils ne peuvent défendre autrement le terrain qu’ils occupent.

Les tirs de mortiers invoqués par la préfecture peuvent donc compter dans l’appréciation de la décision d’intervenir.

Ils ne règlent pas celle du coup porté à l’adolescent. Le même code impose que la force utilisée soit nécessaire et proportionnée, et qu’elle cesse lorsque le trouble à faire cesser a disparu. Cette exigence vaut aussi lorsqu’une opération de dispersion est légalement engagée.

L’enquête devra notamment établir ce que faisait précisément le jeune homme au moment du geste, quelle menace éventuelle il représentait et ce qui pouvait justifier l’emploi de la matraque.

Deux enquêtes dans les Bouches-du-Rhône

Mercredi 7 octobre, 18 enquêtes de l’IGPN étaient déjà ouvertes dans le cadre de la mobilisation lycéenne nationale. Six concernaient, selon les informations de RTL, des tirs de lanceurs de balles de défense (LBD) présumés ou établis.

L’une de ces enquêtes concerne Martigues. Le 1er octobre, une adolescente de 17 ans a été blessée au visage par un projectile lors d’un blocus et hospitalisée. Le parquet d’Aix-en-Provence a confirmé l’enquête à RTL, tout en précisant que l’origine du projectile restait à établir. Aucun tir de LBD n’est donc confirmé dans ce dossier.

À Marseille, l’enquête porte sur un coup de matraque. La saisine de l’IGPN par le parquet ne préjuge d’aucune responsabilité pénale.

Les enseignants de Marie-Curie ont dénoncé une intervention contre des élèves et des personnels qu’ils disent avoir tenté de protéger en formant une chaîne humaine. Certains ont refusé de reprendre le travail mercredi après les événements.

La mobilisation se poursuit ce jeudi 8 octobre. Devant le lycée Marie-Curie, la question judiciaire se concentre désormais sur quelques instants de l’intervention : ceux pendant lesquels un adolescent qui affirme avoir voulu reculer a reçu un coup de matraque à la tête.

Sources consultées
  1. AFP, via MaritimaLycéen blessé à la tête à Marseille : enquête ouverte pour « violences volontaires »
  2. RTL« Ils se mettent à plusieurs, me jettent et me frappent » : le lycéen blessé à la tête par une matraque à Marseille dénonce une charge « disproportionnée »
  3. MarsactuUn élève blessé après une charge de CRS au lycée Marie-Curie à Marseille
  4. RTLINFO RTL - Blocage des lycées : Tours, Sevran, Argenteuil... L'IGPN saisie de 6 enquêtes pour des blessures après des tirs de LBD
  5. LégifranceCode de la sécurité intérieure, article L. 211-9
  6. LégifranceCode de la sécurité intérieure, article R. 211-13