Article

À Luminy, la soufflerie qui permet de refaire la même vague

À Luminy, un canal de 40 mètres permet de contrôler vent et vagues pour tester des instruments, étudier la dérive d'organismes marins et isoler les mécanismes de l'océan.

Illustration - Soufflerie marine de Luminy

À Luminy, des chercheurs peuvent faire ce que l’océan leur refuse presque toujours : produire une vague, mesurer ce qu’elle provoque, puis recommencer dans des conditions comparables.

LASIF, la grande soufflerie air-eau installée sur le campus marseillais, associe un canal de 40 mètres à un circuit d’air et à un générateur capable de produire des vagues régulières ou irrégulières. Caméras, thermographie, capteurs acoustiques ou balances de forces permettent ensuite d’observer ce qui se passe au-dessus, à la surface et sous l’eau.

En mer, modifier uniquement le vent sans que la houle, les courants ou les conditions météo changent en même temps est pratiquement impossible. À Luminy, une expérience peut au contraire être rejouée en faisant varier un paramètre. Le bassin devient ainsi moins une miniature de l’océan qu’un instrument pour isoler ses mécanismes.

L’un des usages les plus parlants concerne des appareils destinés à mesurer la hauteur de l’eau. Lors du projet St3ART, des altimètres acoustiques et des micro-LIDAR ont été installés au-dessus du canal. Les chercheurs ont créé différentes conditions de surface, avec notamment des vagues déferlantes, afin de comparer leurs mesures avec celles des sondes du bassin. Ces instruments étaient destinés notamment à équiper des ponts pour suivre les cours d’eau et des navires passant sous la trajectoire de satellites altimétriques.

La même soufflerie a servi à une expérience beaucoup plus étrange. Des répliques de physalies, fabriquées en ABS et en silicone à partir de scans 3D de vrais organismes, y ont été soumises à différentes intensités de vent. Les chercheurs ont ainsi mesuré comment leur forme et l’orientation de leur voile modifiaient leur vitesse et leur trajectoire. D’autres modèles ont ensuite reçu des balises GPS avant des essais en mer.

La grande soufflerie n’est pourtant pas un équipement apparu récemment. L’installation de Luminy est documentée dans la littérature scientifique depuis 1975. Les instruments et les questions ont changé depuis, mais la possibilité de mettre face à face vent et vagues dans un environnement contrôlé reste utile.

Depuis 2025, LASIF est intégrée à HAIAM, une plateforme de l’Institut de recherche sur les phénomènes hors équilibre qui rassemble plusieurs installations expérimentales consacrées aux interactions entre air, eau et structures.

Un canal de 40 mètres ne reproduit pas toutes les échelles de l’océan. La longueur disponible pour laisser les vagues se développer limite notamment ce qu’un bassin peut reproduire. Les expériences de ce type servent donc à isoler et mesurer des mécanismes, puis à les confronter aux modèles et aux observations en conditions réelles.

À Luminy, la prouesse est moins de fabriquer une mer miniature que de pouvoir remettre l’expérience à zéro, refaire la vague et regarder ce qui change.

Sources consultées
  1. IRPHÉ / Aix-Marseille UniversitéPlateforme HAIAM
  2. Institut Méditerranéen d’OcéanologieAccueil de l’équipe du projet St3ART à la Soufflerie de Luminy
  3. Institut Méditerranéen d’OcéanologieBluebottle Watch
  4. Journal of Geophysical Research: OceansHigher-order statistical analysis of short wind wave fields