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En Camargue, des chercheurs changent la manière de compter les zones humides

À Arles, la Tour du Valat participe à un nouvel indicateur national pour mieux mesurer les zones humides françaises et suivre leur évolution.

Illustration - marais de Camargue

Avant de protéger les zones humides, encore faut-il savoir où elles se trouvent et comment elles évoluent. En Camargue, la Tour du Valat participe à un travail qui cherche à résoudre ce problème de mesure : établir un indicateur national plus homogène des surfaces de milieux humides terrestres.

Le sujet paraît simple. Les zones humides sont visibles sur une carte, avec leurs marais, leurs étangs et leurs lagunes. En réalité, leur délimitation est complexe. Les inventaires existants ont longtemps reposé sur des méthodes différentes selon les territoires, rendant les comparaisons difficiles.

Le nouvel indicateur « Surfaces en milieux humides terrestres dans l’Hexagone » propose une méthode commune pour estimer ces surfaces et suivre leurs évolutions. Il résulte d’un travail associant notamment PatriNat, l’Office français de la biodiversité, le CNRS, l’Inrae et la Tour du Valat. Selon cet indicateur, les milieux humides terrestres représentent 102 458 km² en France métropolitaine et ultramarine en 2020, soit 18,7 % du territoire.

Pour un institut installé au cœur de la Camargue, cette question est loin d’être théorique. Depuis plusieurs décennies, la Tour du Valat, basée au Sambuc à Arles, étudie les marais et lagunes méditerranéens. Son domaine de recherche couvre plus de 2 600 hectares, avec une réserve naturelle régionale où scientifiques et gestionnaires observent les liens entre eau, biodiversité et activités humaines.

La difficulté scientifique est de transformer des paysages qui changent en données comparables. Un marais peut varier selon les saisons, les précipitations, les usages agricoles ou les aménagements hydrauliques. Pour les chercheurs et les gestionnaires, disposer d’un état des lieux commun permet de mieux mesurer les évolutions et de comparer les territoires.

Cette question dépasse la seule Camargue. Partout en France, les zones humides sont suivies pour leur rôle dans la biodiversité, la gestion de l’eau et l’adaptation des territoires aux changements environnementaux. Mais l’outil ne remplace pas le travail de terrain : il fournit une nouvelle base de connaissance pour observer un phénomène difficile à mesurer à grande échelle.

Dans les Bouches-du-Rhône, l’intérêt de cette recherche tient aussi au lieu qui l’accueille. La Camargue n’est pas seulement un paysage emblématique du delta du Rhône. C’est un territoire où se rencontrent depuis longtemps recherche scientifique, élevage, agriculture, protection de la nature et gestion de l’eau.

La nouvelle carte ne change pas la Camargue. Elle change la manière de la regarder : avec davantage de données pour comprendre un territoire dont l’équilibre dépend précisément de ce que l’on arrive à mesurer.

Sources consultées
  1. Tour du ValatEn France, combien de zones humides ? Un nouvel indicateur des « Surfaces en milieux humides terrestres dans l’Hexagone »
  2. EaufranceSurface des milieux humides en 2020
  3. Union internationale pour la conservation de la natureDomaine de la Tour du Valat