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Aux Aygalades, une dragonne pour faire réapparaître un ruisseau

Ce 4 octobre, la Fête du ruisseau révèle vingt ans de marches, de chantiers et de récits autour du Caravelle-Aygalades, longtemps caché dans le paysage marseillais.

Illustration du ruisseau des Aygalades

Aux Aygalades, une petite anguille a fini par devenir dragonne. L’histoire a été imaginée avec les enfants de la médiathèque Jorgi Reboul, à Septèmes-les-Vallons : en remontant le ruisseau vers l’amont, l’animal rencontre tuyaux, béton et dégrilleur, jusqu’à acquérir des pouvoirs. Les ateliers menés par le collectif SAFI ont ensuite donné forme à une dragonne géante en canne de Provence, promenée samedi 3 octobre au parc François-Billoux.

Son parcours ressemble beaucoup à celui du cours d’eau qui l’a inspirée. Caravelle-Aygalades descend sur environ 17 km du massif de l’Étoile jusqu’à la mer, près de la tour CMA CGM. En chemin, l’urbanisation l’a canalisé et couvert par endroits, jusqu’à le faire disparaître d’une partie du paysage. Sous l’ancienne gare du Canet, une partie de son tracé passe encore sous terre.

Pour le faire réapparaître, les premiers outils n’ont pourtant pas été des pelleteuses. Des marches publiques sont organisées autour du ruisseau dès 2005. À partir de 2008, des jeunes participent aux Ateliers de révélation urbaine. En 2010, un chantier débarrasse le Jardin de la cascade des gravats, déchets et végétation qui l’avaient rendu inaccessible. Un chantier d’insertion prend le relais en 2016 : les « Cascadeurs et Cascadeuses » aménagent les berges, des sentiers, un gué et des espaces où le public peut de nouveau descendre vers l’eau.

Puis viennent les habitudes. Depuis 2018, le premier dimanche du mois rassemble marché de producteurs, promenade dans le jardin, conférence « Voix d’eau » et propositions artistiques. En 2019 naît le Collectif des Gammares, qui réunit habitants, associations, artistes et chercheurs déjà actifs le long du bassin versant. Il produit depuis des balades, des nettoyages, une gazette, un podcast ou encore des outils pédagogiques. Le ruisseau n’est plus seulement quelque chose à dépolluer ou à canaliser : il devient un lieu autour duquel on se retrouve et sur lequel on accumule des histoires.

La sixième Fête du ruisseau concentre ce travail en un week-end. Après les ramassages et la dragonne de samedi, la journée de dimanche se déroule de 10 h à 16 h à la Cité des Arts de la rue. L’accès est gratuit et sans inscription. Le programme mêle marché, visite du Jardin de la cascade, conférence sur l’eau, spectacle autour des phtalates, cirque, « Bing’eau » et une performance sonore du GMEM consacrée aux rivières invisibles.

Le futur parc des Aygalades doit maintenant transformer physiquement une partie du cours d’eau. Euroméditerranée prépare entre Gèze et Bougainville un parc de 16 hectares, qui doit former avec le parc Bougainville un ensemble paysager d’environ 20 hectares. Le projet prévoit de remettre les Aygalades à ciel ouvert sur ce secteur, de renaturer ses berges et d’aménager des espaces pouvant accueillir les crues. Les premiers travaux du parc sont annoncés pour la fin 2027, avec une livraison prévue en 2031.

Cette grande opération arrive après des années pendant lesquelles le ruisseau avait déjà recommencé à exister autrement : dans les marches de quartier, les mains des salariés en insertion, les conférences sous la cascade, les histoires racontées aux enfants et les sacs de déchets retirés de son lit.

Ce dimanche, tout cela tient dans un même endroit. Au 225 avenue Ibrahim-Ali, on peut entrer gratuitement dans la Cité des Arts de la rue et descendre vers le Jardin de la cascade. Le ruisseau coule en contrebas. Pendant longtemps, beaucoup passaient à côté sans même savoir qu’il était là.

Sources consultées
  1. Collectif des GammaresFête du ruisseau 3-4 octobre 2026
  2. Mairie 15/16 — Ville de MarseilleLa fête du ruisseau
  3. Bureau des guides du GR2013The Aygalades
  4. EuroméditerranéeCours d'eau des Aygalades
  5. EuroméditerranéeLe parc du ruisseau des Aygalades