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Saint-Jean détruit en 1943 : le parquet retient la qualification de crimes contre l’humanité

Vingt mille habitants chassés, 1 500 immeubles détruits : 83 ans après, le parquet qualifie les rafles, le pillage et la destruction de Saint-Jean de crimes contre l’humanité.

Illustration du quartier Saint-Jean détruit

Le Saint-Jean que connaissaient les Marseillais de 1943 a disparu de la carte. Vingt mille habitants ont été chassés des vieux quartiers de la rive nord du Vieux-Port. Puis, à partir du 1er février, 1 500 immeubles ont été dynamités sur 14 hectares. Mercredi 30 septembre, le procureur national antiterroriste Olivier Christen a annoncé à Marseille que, selon les conclusions de l’enquête ouverte en 2019, les rafles, le pillage et cette destruction caractérisent des crimes contre l’humanité.

Ce sont les conclusions du parquet, pas le jugement d’un tribunal. L’enquête n’a identifié aucun responsable encore vivant susceptible d’être poursuivi. Pour le parquet, cette qualification porte sur l’ensemble d’une opération qui ne s’est pas limitée aux arrestations : expulsion massive, internements, déportations, pillage des logements puis disparition physique d’un quartier.

Antoine Mignemi avait cinq ans. Sa famille vivait à Saint-Jean lorsqu’elle a été réveillée au petit matin par des policiers français et forcée de partir. Aujourd’hui âgé de 89 ans, il compte parmi les derniers témoins de l’évacuation. Il se souvient du départ vers la gare d’Arenc, du transport jusqu’à Fréjus et de la séparation des hommes, des femmes et des enfants dans le camp. Pour lui, l’annonce de mercredi constitue une reconnaissance attendue depuis des décennies.

Ce qui a été détruit était l’un des quartiers les plus populaires et cosmopolites de Marseille. Saint-Jean, surnommé la « Petite Naples », abritait de nombreuses familles venues d’Italie, mais aussi des familles corses, grecques ou espagnoles. Travailleurs de la mer, dockers, artisans et commerçants peuplaient ce lacis de rues derrière le port. Olivier Christen a souligné mercredi que ses habitants avaient été visés comme une population considérée comme inférieure et indésirable. Quelque 12 000 policiers français furent mobilisés dans les opérations conduites avec l’occupant allemand.

Entre le 22 et le 24 janvier 1943, les rafles frappent d’abord le secteur de l’Opéra et d’autres rues du centre, puis le Vieux-Port. Les habitants de Saint-Jean sont évacués le 24 janvier. Plusieurs milliers sont conduits à Fréjus. Selon les conclusions présentées mercredi, l’enquête a confirmé environ 1 600 déportations. Quelques jours plus tard commence le dynamitage : cinquante rues disparaissent avec les 1 500 immeubles du quartier.

En 2019, l’avocat marseillais Pascal Luongo dépose une plainte au nom de quatre survivants et de descendants de victimes. L’enquête est confiée à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre. La Gendarmerie expliquait en 2023 que ce dossier obligeait les enquêteurs à confronter les témoignages aux archives et aux travaux historiques, les témoins directs devenant de plus en plus rares.

Le 30 septembre, le parquet a relié dans une même qualification pénale les rafles, le pillage et la destruction de Saint-Jean. Sous la place du 23-Janvier-1943 subsistent encore les fondations de bâtiments et les pavés des rues du quartier dynamité.

Sources consultées
  1. AFP via BoursoramaRafles à Marseille en 1943 : la justice reconnaît des « crimes contre l’humanité »
  2. Ville de MarseilleCommémoration des rafles de Marseille, de l’évacuation et de la destruction des Vieux-Quartiers, dimanche 25 janvier 2026
  3. Gendarmerie nationale« Rafle du Vieux-Port » à Marseille en 1943 : une enquête confiée à l’OCLCH
  4. France InterRafle du Vieux-Port du 24 janvier 1943 : l’enquête, plus de trois-quarts de siècle après les faits