
Phocea DC veut changer d’échelle sans construire un nouveau géant. L’opérateur marseillais, qui exploite depuis janvier 2025 un premier data center à La Villette, prévoit désormais plusieurs implantations dans la ville plutôt qu’un seul immense site. Le fonds d’infrastructure Marguerite est entré à son capital début août et indique que son apport, complété par des financements bancaires, soutiendra un programme d’investissement supérieur à 120 millions d’euros. Ce montant correspond au plan à financer, pas à une levée de 120 millions déjà détaillée publiquement.
Le point de départ est un site encore limité par rapport aux grands campus numériques. DC-M1 occupe 1 700 m² dans un bâtiment réhabilité du 3e arrondissement, avec 600 kW de capacité informatique, environ 250 baies et 1,2 MW de puissance totale. Phocea annonce désormais un DC-M2 de 4 MW IT pour 2027, puis un troisième site en 2028. Les prochaines implantations ne sont pas encore rendues publiques.
Ces infrastructures servent notamment aux entreprises, opérateurs télécoms, fournisseurs cloud et acteurs ayant besoin de capacités de calcul proches des réseaux. L’intérêt d’un modèle « edge » est de rapprocher une partie du traitement informatique des utilisateurs et des points d’interconnexion, plutôt que de tout concentrer dans quelques immenses campus.
Ce choix prend un relief particulier à Marseille. La Métropole recensait 18 câbles sous-marins sur son territoire à la fin de 2024. Leur présence attire les infrastructures numériques car elles offrent des connexions directes avec l’Europe, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie. Mais cette concentration crée aussi une question très physique : où installer les nouvelles puissances informatiques dans une ville déjà contrainte par le foncier et l’énergie ?
Les data centers marseillais ont d’ailleurs changé d’échelle. Selon les orientations métropolitaines adoptées en 2025, les principaux centres construits entre 2013 et 2023 occupaient en moyenne 6 350 m². Les projets étudiés ensuite approchaient 17 000 m². Phocea tente une autre voie : multiplier des unités plus petites, installées dans des bâtiments existants, plutôt que reproduire uniquement le modèle du grand campus.
La Métropole demande désormais de privilégier les friches et le renouvellement urbain, de limiter les conflits d’usage autour de l’électricité et d’examiner la récupération de chaleur. Ces critères correspondent en partie aux choix revendiqués par Phocea. L’entreprise annonce un PUE cible de 1,2, du free cooling et plusieurs techniques de refroidissement adaptées aux fortes densités de calcul. Sur DC-M1, la chaleur des serveurs sert au chauffage du bâtiment ; Phocea indique également envisager un raccordement à un réseau de chaleur extérieur.
Ces performances restent toutefois des données publiées par l’entreprise et devront être confirmées à mesure que le réseau grandira. La récupération de chaleur devient un sujet de plus en plus concret pour les grands data centers : la réglementation européenne prévoit son utilisation pour les installations concernées dépassant certains seuils, sauf impossibilité technique ou économique démontrée.
Le prochain test sera DC-M2. Phocea lui attribue 4 MW de capacité informatique et une mise en service en 2027, mais n’en révèle pas encore l’adresse. C’est avec ce deuxième bâtiment que l’on verra si le premier site marseillais était une implantation isolée ou le début d’un modèle capable d’ajouter des capacités numériques dans la ville sans simplement déplacer les contraintes.