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À Luminy, deux plateformes pour passer de l’anticorps à la thérapie cellulaire

À Marseille, B-Screen repère des anticorps et récepteurs immunitaires ; Cell-Scale peut ensuite les transformer en candidats de thérapie cellulaire.

Illustration de recherche en immunothérapie

Le Marseille Immunology Biocluster a reçu le 23 septembre les clés du LB3, un bâtiment de 820 m² à Luminy destiné à ses plateformes B-Screen et Cell-Scale. Mais les deux outils n’attendaient pas ce bâtiment pour travailler : Cell-Scale est déjà opérationnelle et le Beacon de B-Screen a été installé en mars à l’IHU Méditerranée Infection. MIB cherche désormais à rapprocher deux métiers difficiles à réunir dans un même laboratoire : découvrir un anticorps intéressant dans des cellules de patients, puis disposer de l’ingénierie nécessaire pour en faire un candidat de thérapie cellulaire testable.

B-Screen travaille au début de cette chaîne. À partir notamment de lymphocytes B et T issus d’échantillons de patients, la plateforme peut examiner des cellules individuellement pour repérer et caractériser des anticorps ou des récepteurs immunitaires. La technologie Beacon permet ce criblage à haut débit sur des cellules vivantes. L’objectif est de faire émerger, au milieu d’une population immunitaire très diverse, quelques molécules suffisamment intéressantes pour poursuivre les travaux.

Trouver cette molécule ne suffit pas. Pour tester son potentiel sous forme de thérapie cellulaire, il faut pouvoir concevoir un récepteur CAR à partir de l’anticorps, modifier des cellules immunitaires pour qu’elles l’expriment, les multiplier puis mesurer leur capacité à reconnaître et détruire leur cible. Cell-Scale a précisément été conçue pour ce travail préclinique. MIB indique qu’elle s’adresse notamment aux équipes qui ne disposent pas en interne de cette expertise d’ingénierie cellulaire.

Cette mutualisation répond à un obstacle assez prosaïque de la recherche biomédicale : une équipe peut découvrir une cible prometteuse sans posséder les équipements, les ingénieurs et les protocoles permettant de fabriquer rapidement plusieurs versions d’une cellule modifiée pour les comparer. Au Centre de recherche en cancérologie de Marseille, le projet NanoLogic utilise par exemple Cell-Scale pour développer et tester de nouvelles constructions CAR-T contre les tumeurs solides.

Les cellules CAR-T sont déjà utilisées en France contre plusieurs cancers du sang, mais leur adaptation aux tumeurs solides reste difficile. Les cellules cancéreuses y présentent des cibles plus diverses et la tumeur peut créer un environnement qui freine l’action des cellules immunitaires. Les travaux menés à Marseille restent donc précliniques : ils explorent une zone où la technologie a encore beaucoup à démontrer.

Le site de Luminy s’appuie sur des compétences déjà présentes à Marseille. Le projet MIB, soutenu par 96 millions d’euros de France 2030, cherche à rapprocher ces différentes étapes pour éviter qu’une équipe doive reconstituer seule toute la chaîne technologique chaque fois qu’une découverte mérite d’être poussée plus loin.

Une inconnue demeure toutefois sur cette nouvelle implantation. MIB ne détaille pas encore quels équipements déjà en service seront transférés au LB3 ni quand les deux plateformes y fonctionneront pleinement. La prochaine étape mesurable sera donc de voir si les 820 m² de Luminy permettent effectivement d’enchaîner plus facilement le passage d’une cellule prélevée chez un patient à un anticorps repéré, puis à un candidat de thérapie cellulaire testé en préclinique.

Sources consultées
  1. Marseille Immunology BioclusterMIB s’installe à Luminy, nouvelle étape de son développement
  2. Métropole Aix-Marseille-ProvenceRapport d’activité 2024
  3. Marseille Immunology BioclusterLe Beacon installé sur la plateforme B-SCREEN à l’IHU Méditerranée Infection
  4. Marseille Immunology BioclusterInterview Jacques Nunès – De l’anticorps au CAR : comment CELL-SCALE accélère l’innovation en thérapie cellulaire
  5. InsermThérapie cellulaire