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Sénatoriales : la carte des 3 695 grands électeurs n’est pas celle des habitants

Marseille réunit 42,4 % des habitants du département, mais sa délégation municipale forme 32 % du collège sénatorial. Les règles du scrutin expliquent cet écart.

Illustration du collège électoral sénatorial

Marseille compte 886 040 habitants sur les 2,09 millions des Bouches-du-Rhône, soit 42,4 % de la population du département. Pour les sénatoriales de ce dimanche, sa délégation municipale compte 1 181 grands électeurs : 111 conseillers municipaux et 1 070 délégués supplémentaires. Elle représente ainsi 32 % des 3 695 électeurs sénatoriaux du département. Le collège qui choisit les huit sénateurs ne reproduit donc pas simplement la carte de la population.

Le collège sénatorial ne reproduit pas la démographie au prorata. Le code électoral demande de représenter à la fois les différentes collectivités, la diversité des communes et leur population. À partir de 9 000 habitants, tous les conseillers municipaux deviennent grands électeurs de droit. Au-delà de 30 000 habitants, la commune obtient en plus un délégué pour chaque tranche entière de 800 habitants supplémentaires.

Dans les Bouches-du-Rhône, cette règle produit une géographie assez différente d’une proportionnelle démographique pure. Aix-en-Provence fournit 204 électeurs municipaux, Arles 72, Martigues 65, Aubagne 64, Istres et Salon-de-Provence 60 chacune. Les dix communes qui, au-delà de 30 000 habitants, disposent de délégués supplémentaires totalisent à elles seules 1 845 électeurs municipaux, soit presque la moitié de l’ensemble du collège départemental.

Les petites communes disposent donc de davantage de grands électeurs rapportés à leur population. La Fare-les-Oliviers, avec 9 039 habitants, dispose par exemple de 29 conseillers municipaux grands électeurs, soit environ un pour 312 habitants. À Marseille, les 1 181 représentants municipaux correspondent à environ un pour 750 habitants. Le système représente les communes tout en tenant compte de la population, sans reproduire celle-ci au prorata.

C’est aussi pourquoi les municipales de mars ont un second effet, moins visible. Dans les communes de moins de 9 000 habitants, les conseils municipaux ont désigné leurs délégués le 5 juin. À partir de 9 000 habitants, leurs membres sont eux-mêmes grands électeurs. Au-delà de 30 000 habitants, des délégués supplémentaires sont élus par tranche entière de 800 habitants. Ces élections intermédiaires se font à la proportionnelle dans les communes concernées : remporter une mairie ne signifie donc pas récupérer en bloc tous les grands électeurs issus de la commune.

Une seconde proportionnelle intervient ce dimanche. Les neuf listes en présence se disputent huit sièges selon la règle de la plus forte moyenne, sans panachage ni modification de l’ordre des candidats. En 2020, ce calcul avait donné trois sièges à une liste ayant recueilli 36,12 % des voix, trois également à une autre à 28,68 %, puis un siège à 15,63 % et un à 10,03 %. Une liste à 8,81 % était restée sans élu.

Les huit sièges attribués dans les Bouches-du-Rhône passent ainsi par deux filtres successifs. Le premier s’est construit dans les 119 communes après les municipales, en décidant qui compose le collège. Le second répartit aujourd’hui les sièges entre les listes. Avant même le dépouillement départemental, une bonne partie de l’arithmétique des sénatoriales s’était donc déjà jouée, commune par commune, dans les conseils municipaux.

Sources consultées
  1. SénatBouches-du-Rhône (13) - Sénatoriales 2026
  2. Préfecture des Bouches-du-RhôneCalendrier / Réglementation - Les élections sénatoriales du dimanche 27 septembre 2026
  3. InseeComparateur de territoires
  4. LégifranceCode électoral - articles L280, L285 et L295
  5. SénatBouches-du-Rhône - Sénatoriales 2020