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Legré-Mante : 140 logements prévus, des restrictions durables sur les sols

À Marseille, le projet Legré-Mante est deux fois plus petit que celui annulé en 2024. La consultation ouverte jusqu’au 15 octobre encadre aussi la gestion durable de sols pollués.

Illustration - Friche industrielle Legré-Mante à Marseille

À la Madrague de Montredon, Legré-Mante revient avec un projet profondément réduit. Le projet, qui fait l’objet d’un permis encore en instruction, prévoit 140 logements, dont 43 sociaux, 410 m² de commerces et services et environ 9 815 m² de surface de plancher. Tous les logements seraient aménagés dans les volumes des bâtiments industriels existants. Les habitants peuvent déposer une contribution jusqu’au 15 octobre.

Le changement d’échelle est net. Le précédent projet développait 21 706 m² de surface de plancher, avec 144 logements classiques, une résidence seniors de 133 studios ou T2, une résidence de tourisme de 47 logements, des commerces et des bureaux. En juillet 2024, le tribunal administratif de Marseille avait annulé les deux permis : le public n’avait pas disposé de toutes les informations nécessaires et, surtout, le programme renforçait trop fortement l’urbanisation de cet espace proche du rivage pour respecter la loi Littoral. Le tribunal avait estimé qu’une réduction suffisante aurait changé la nature même du projet.

La nouvelle version réduit donc fortement le programme. Elle descend à 9 815 m² et se concentre sur les secteurs déjà construits ou imperméabilisés. Le dossier annonce aussi la conservation des façades historiques, de la Bastide des Sables, de la maison du Chevalier Roze et de la cheminée verticale.

Mais le changement de programme immobilier ne fait pas disparaître l’autre difficulté de Legré-Mante : son sol. L’ancienne activité industrielle a laissé des pollutions résiduelles, notamment du plomb et de l’arsenic diffus, ainsi que des secteurs chargés en hydrocarbures, cyanures ou mercure. L’arrêté préfectoral d’avril 2026 institue donc des servitudes d’utilité publique sur l’ancien site, crassier compris.

Le dossier prévoit de renforcer la phytostabilisation au sud du site et de reprofiler le crassier du bord de mer avant de le confiner sous géotextile et de protéger son pied par des enrochements contre l’érosion marine. Réhabiliter ne signifie donc pas retirer jusqu’à la dernière trace de pollution.

Les servitudes fixent aussi des règles d’usage durables. Les cultures destinées à l’alimentation sont interdites sauf dispositif évitant tout contact avec les sols pollués ; les arbres fruitiers et arbustes à baies sont proscrits dans le périmètre concerné. Les eaux souterraines ne pourront pas servir à l’alimentation humaine. Une excavation future devra tenir compte de la pollution, et un changement d’usage nécessitera de nouvelles études démontrant sa compatibilité avec l’état du site.

Ces contraintes ne disparaîtront pas avec une vente. L’arrêté impose d’en informer les occupants puis les propriétaires successifs, et prévoit leur annexion aux documents d’urbanisme ainsi que leur publication foncière. Elles suivront donc le terrain dans le temps.

À Legré-Mante, le nouveau permis tente ainsi une reconversion beaucoup plus contenue que celle annulée en 2024. Si les 140 logements sont finalement autorisés, leurs habitants s’installeront sur un site dont l’histoire industrielle restera inscrite jusque dans les règles d’usage du sol.

Sources consultées
  1. Registre NumériqueParticipation du public par voie électronique - Projet de réhabilitation et de reconversion de la friche industrielle Legré-Mante
  2. Tribunal administratif de MarseilleProjet Legré-Mante - décision des 3 et 4 juillet 2024
  3. Préfecture des Bouches-du-Rhône / GéorisquesArrêté n° 2025-153-SUP du 28 avril 2026 instituant des servitudes d’utilité publique sur Legré-Mante