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Marché du Soleil : l’incendie rouvre le dossier des alertes de sécurité

Le feu a ravagé environ 2 000 m² du marché sans faire de blessé. Des arrêtés de 2023 avaient documenté des défaillances de sécurité incendie, sans rôle établi dans le sinistre.

Illustration - Marché du Soleil après incendie

Le Marché du Soleil, rue du Bon-Pasteur à Marseille, a été largement ravagé par un incendie dans la nuit du mercredi 9 au jeudi 10 septembre. À 10 h 42, dans le dernier point opérationnel des marins-pompiers rapporté par l’AFP, environ 2 000 m² avaient brûlé sur les 3 600 m² du site. Le feu était alors maîtrisé mais pas encore éteint et l’intervention devait se poursuivre pour sécuriser les lieux. Plus tard dans la journée, TF1 faisait état de 80 personnes évacuées, dont au moins 21 enfants, sans blessé.

L’intervention avait commencé à 2 h 19 pour un feu généralisé. Une centaine de marins-pompiers et une trentaine d’engins ont été engagés. Les habitants des immeubles alentour ont été évacués et les secours signalaient encore en milieu de journée un risque d’effondrement du bâtiment. Le marché, lui, n’accueillait plus de public. Une fermeture administrative avait été prononcée au début de l’année. Le 7 septembre, le tribunal correctionnel avait ensuite prononcé sa fermeture et la confiscation de ses murs. Un appel a été annoncé.

Cette chronologie ne dit cependant rien, à elle seule, de l’origine du feu. Un autre dossier mérite en revanche d’être rouvert : celui de la sécurité incendie du Marché du Soleil. Il est ancien et, surtout, documenté par la Ville de Marseille.

En janvier 2023, après une visite de la commission communale de sécurité, la mairie avait ordonné la fermeture du site au public. L’arrêté recensait plusieurs anomalies précises : dysfonctionnement du système de sécurité incendie et de déclencheurs manuels empêchant la bonne diffusion de l’alarme, défaut de surveillance du système par du personnel formé, absence de certaines vérifications réglementaires sur les installations techniques. Il relevait aussi l’absence d’un rapport de vérification après travaux concernant le système automatique d’extinction à eau. La réouverture était conditionnée à des travaux de mise en conformité, puis à une nouvelle visite de la commission de sécurité.

Dix mois plus tard, la situation administrative n’était toujours pas réglée. Un nouvel arrêté de fermeture, signé le 28 novembre 2023, mentionnait plusieurs avis défavorables rendus au cours de l’année. La Ville constatait encore l’absence de garanties fournies par un bureau de contrôle agréé sur la conformité incendie du bâtiment et l’absence du rapport après travaux sur l’extinction automatique à eau. Elle exigeait cette fois un nouveau permis de construire couvrant l’ensemble du site, puis une visite de la commission de sécurité avant toute réouverture.

Le dossier a évolué depuis. En mars 2025, la commission départementale d’aménagement commercial a rendu un avis favorable à une régularisation de l’ensemble commercial. La Ville indiquait alors à Marsactu que le permis de construire accordé devait permettre au propriétaire de réaliser les travaux nécessaires à la mise en sécurité de l’établissement. Les documents publics retrouvés ne permettent pas d’établir si toutes ces prescriptions avaient été exécutées et contrôlées avant le 10 septembre 2026.

Le contentieux de 2023 a par ailleurs connu un dénouement judiciaire qu’il serait trompeur d’ignorer. Dans une procédure distincte de l’affaire de contrefaçon, Georges Dahan a été relaxé le 5 juillet 2026 des poursuites pour mise en danger de la vie d’autrui et refus d’obtempérer à l’arrêté municipal. Selon Marsactu, le tribunal a notamment considéré cet arrêté comme illégal faute de mise en demeure préalable et n’a pas retenu l’existence d’un risque de mort ou de blessures immédiat et direct. Cette relaxe écarte la responsabilité pénale poursuivie dans cette affaire ; elle ne permet pas davantage de connaître l’état technique du système incendie trois ans plus tard.

Quant au départ du feu du 10 septembre, sa cause n’était pas établie jeudi. Une source policière citée par l’AFP a indiqué qu’une personne avait été aperçue escaladant les grilles avant l’incendie et qu’une origine criminelle pouvait être envisagée. Le simple rapprochement entre cette présence, le jugement prononcé trois jours auparavant et le sinistre ne permet d’attribuer le feu à quiconque.

L’enquête devra désormais confronter ces éléments anciens à l’état du bâtiment au moment du sinistre. Le fonctionnement des systèmes de détection, d’alarme, de désenfumage et d’extinction fait partie des éléments matériels à documenter pour comprendre la propagation du feu et la réponse au sinistre. Les constats de 2023 fournissent des questions précises, pas leurs réponses.

Rue du Bon-Pasteur, la prochaine étape est d’abord physique : stabiliser le bâtiment suffisamment pour permettre les constatations et mesurer ce qui reste de la structure. Ces constatations constitueront une pièce de l’enquête destinée à établir comment le feu a commencé et pourquoi il a pu atteindre une telle partie du Marché du Soleil.

Sources consultées
  1. AFP via BoursoramaLe Marché du Soleil de Marseille, déjà condamné à la fermeture, ravagé par un incendie
  2. Ville de MarseilleArrêté 2023_00239_VDM de fermeture du Marché du Soleil
  3. Ville de MarseilleArrêté 2023_03773_VDM de fermeture au public du Marché du Soleil
  4. MarsactuLa justice relaxe le patron du Marché du Soleil de mise en danger d’autrui
  5. AFP via BoursoramaMarseille : le Marché du Soleil, temple de la contrefaçon, condamné à la fermeture