
ENOGIA a regroupé ses équipes et sa production dans un nouveau site du 15e arrondissement de Marseille. L’entreprise annonce y avoir triplé ses capacités industrielles. Mais le changement le plus intéressant est ailleurs : la PME, qui commercialise aujourd’hui des machines allant jusqu’à 180 kW, prépare sur ce nouvel outil une gamme pouvant atteindre 3 MW.
ENOGIA fabrique des modules ORC, pour cycle organique de Rankine. Leur principe tient en une phrase : utiliser une source de chaleur qui serait autrement perdue pour produire de l’électricité. Moteurs, procédés industriels, géothermie ou installations énergétiques peuvent ainsi fournir la chaleur nécessaire. La gamme actuellement commercialisée s’étend de 10 à 180 kW électriques.
Ce n’est plus une technologie de laboratoire. Au premier semestre 2026, les ORC ont représenté 6,5 millions d’euros de chiffre d’affaires pour ENOGIA, en hausse de 45 % sur un an et plus de 90 % de son activité. La société a enregistré 10,3 millions d’euros de nouvelles commandes sur six mois et affiche un carnet de 30 millions d’euros.
Le nouveau site doit maintenant servir un autre changement d’échelle. ENOGIA développe une gamme comprise entre 300 kW et 3 MW, destinée à des gisements thermiques plus importants. Un premier pilote est annoncé pour 2027. Passer de quelques dizaines de kilowatts à plusieurs mégawatts suppose donc de changer d’échelle dans la conception, les essais et la production.
Le déménagement donne déjà une idée de cette difficulté. Le transfert du banc d’essai a temporairement perturbé la production et retardé certaines facturations. Avec les investissements engagés dans le nouveau site et dans la future gamme, le free cash-flow est tombé à -4,4 millions d’euros au premier semestre et la dette nette a atteint 7,6 millions d’euros. La capacité annoncée comme triplée n’est toutefois pas traduite par ENOGIA en nombre de machines ou en mégawatts produits par an.
L’entreprise bénéficie parallèlement de 5,4 millions d’euros du Fonds européen pour une transition juste pour son programme Turbo4Transition. Dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, ce fonds cible les Bouches-du-Rhône.
L’ADEME estimait à fin 2022 à 85,2 TWh par an le gisement de chaleur fatale encore valorisable dans l’industrie française. ENOGIA ne cherche donc pas à créer un usage nouveau, mais à capter une fraction plus importante de cette chaleur résiduelle produite par les procédés industriels puis dissipée.
Le prochain jalon est désormais précis : un premier pilote de la nouvelle gamme est annoncé pour 2027, afin de démontrer que le savoir-faire acquis sur les petits ORC peut effectivement passer dans la classe des mégawatts.