
Les machines de Fibre Excellence ne s’arrêtent pas ce vendredi : l’usine de Tarascon ne produit déjà plus depuis fin avril. Le 28 août marque une autre rupture. Après la liquidation judiciaire prononcée le 29 juillet, la fermeture définitive annoncée du site concerne ses 270 salariés et ouvre une phase où il faut désormais sécuriser les installations tout en évitant leur démantèlement.
Cette distinction compte à Tarascon. Fibre Excellence n’est pas seulement une entreprise liquidée, mais un vaste ensemble industriel classé Seveso seuil bas, que Géorisques indique désormais « en fin d’exploitation ». Jusqu’ici, des salariés ont continué à assurer sa surveillance et sa mise en sécurité. La CGT indique qu’une entreprise spécialisée dans le traitement et la gestion des déchets doit prendre le relais à compter de ce 28 août, un choix qu’elle conteste en raison de la complexité des installations.
Préserver le site ne suffira pourtant pas à faire repartir l’ancienne papeterie. Le jugement du tribunal de commerce montre précisément pourquoi l’unique offre de reprise, déposée par Combat Holding, n’a pas abouti. Elle dépendait de quatre conditions qui n’ont pas été levées : une hausse de 20 % du tarif de revente de l’électricité et l’intégration de l’ensemble de la production d’électricité renouvelable au dispositif de la CRE ; un approvisionnement de l’ONF représentant 10 % des besoins avec une compensation temporaire du coût du bois ; le retour dans le système européen des quotas carbone à partir de 2027 avec une solution pour 2026 ; enfin, le transfert des autorisations d’exploitation des installations classées. Le tribunal a également estimé que l’offre n’apportait pas les garanties financières suffisantes pour les restructurations nécessaires.
Ces conditions racontent la place particulière de l’usine dans les Bouches-du-Rhône. Avant son arrêt, Tarascon pouvait produire 260 000 tonnes de pâte de cellulose par an. Fibois Sud recense plus de 400 entreprises fournisseurs et estime que le site absorbait près de 80 % du bois d’industrie récolté et commercialisé chaque année en Provence-Alpes-Côte d’Azur. L’usine produisait aussi de l’électricité à partir de ses résidus de bois et de pâte. L’arrêt de la papeterie affecte donc aussi une filière forestière et un outil de production d’électricité.
Les Régions Sud et Occitanie ont demandé dès fin juillet à l’État de ne pas démanteler l’activité industrielle présente sur le site et de participer à la recherche d’un nouveau projet. La Région Sud cherche maintenant un autre usage pour cet ensemble. Dans un communiqué du 25 août, elle indique qu’une première étude a identifié le BTP, la logistique et l’économie circulaire comme pistes possibles, en s’appuyant notamment sur le foncier et l’accès au Rhône. Une seconde étude doit être menée avec risingSUD et une table ronde avec l’État est annoncée début septembre. Aucun nouvel industriel ni calendrier de réimplantation n’est encore arrêté publiquement.
Tarascon entre ainsi dans une phase moins visible que la bataille pour sauver les emplois, mais décisive pour la suite : maintenir les installations sûres et conserver assez de l’outil, des réseaux et des accès pour qu’un futur projet puisse encore s’y installer. À Tarascon, la suite dépendra de ce qui pourra être conservé et réutilisé chemin des Radoubs.
Sources consultées
- Tribunal de commerce de Toulouse / Pappers JusticeTribunal de commerce de Toulouse, DECISIONS RENDUES PAR MISE A DISPOSITION, 29 juillet 2026, 2026012898
- GéorisquesInstallations classées - Fibre Excellence Provence
- CGTFibre Excellence : la CGT tire la sonnette d’alarme sur le risque industriel, l’avenir des sites et des emplois
- TF1 InfoFibre Excellence : la justice prononce la liquidation judiciaire du site de Tarascon, 270 salariés concernés
- Fibois SudIndustrie
- Région OccitanieFibre Excellence - Carole Delga, présidente de la Région Occitanie, et Renaud Muselier, président de la Région Sud, réagissent à la décision du Tribunal de commerce de Toulouse