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Pégase à Cadarache : pourquoi son démantèlement peut durer jusqu’en 2065

Le démantèlement de Pégase peut durer jusqu’en 2065. Les matières les plus sensibles doivent pourtant être évacuées bien avant cette échéance.

Illustration - Pégase sur le site de Cadarache

À Cadarache, un décret du 21 août fixe désormais le cadre et les échéances du démantèlement de l’ancien réacteur Pégase. Il en prévoit cinq étapes et une date limite : le 31 décembre 2065. Il ne prend toutefois effet qu’après l’approbation par l’ASNR des règles générales d’exploitation révisées, et au plus tard deux ans après sa publication.

2065 paraît lointain pour un réacteur arrêté en 1975. Mais le calendrier se découpe en deux périodes très différentes. D’ici 2035, le CEA prévoit d’évacuer les matières radioactives qui restent dans Pégase et de séparer techniquement l’installation de Cascad, son voisin toujours en activité. Le reste du démantèlement, jusqu’à l’assainissement des bâtiments et des sols, peut ensuite s’étaler sur trente années supplémentaires.

Cette histoire commence bien avant le décret. Mis en service en 1964 pour tester des combustibles, Pégase a été reconverti en 1980 pour entreposer des substances radioactives. Un réexamen de sûreté a ensuite conclu que son bâtiment principal n’offrait pas une résistance suffisante au séisme de référence. Compte tenu de l’importance des travaux de renforcement nécessaires, le CEA a choisi de mettre fin à cet entreposage et d’engager le démantèlement.

Les opérations préparatoires sont déjà en cours. Le programme DECAP sert à reconditionner les combustibles encore présents avant leur transfert vers Cascad. Un premier conteneur a été transporté vers cette installation en mars 2025. En juin 2026, l’ASNR indiquait qu’elle resterait vigilante sur la poursuite de ces opérations et des transports vers Cascad. Cette dernière, en fonctionnement depuis 1990, n’est pas comprise dans le démantèlement : elle doit au contraire continuer à entreposer des combustibles irradiés pendant que Pégase disparaît autour d’elle.

C’est surtout la suite du calendrier qui a attiré l’attention de l’Autorité environnementale. Dans son avis de 2024, elle relève que l’étalement du reste du démantèlement jusqu’en 2065 tient notamment à des « choix et une priorisation de moyens internes au CEA » entre ses différents chantiers. Autrement dit, ces trente années ne correspondent pas seulement à une contrainte physique propre à Pégase.

La commission d’enquête publique a repris le sujet en 2025. Elle a donné un avis favorable, mais avec une réserve : le CEA devait s’engager à réduire significativement le délai d’évacuation des combustibles sans emploi et donc l’échéance de la première phase. Le décret fixe aujourd’hui la borne finale de 2065, sans imposer une nouvelle échéance plus courte pour cette première séquence.

Le coût complet du démantèlement n’a pas été rendu public. Le dossier soumis à l’Autorité environnementale indiquait toutefois que le CEA avait comptabilisé fin 2022 une provision de 91,1 millions d’euros pour ses obligations de fin de cycle liées à Pégase. Cette somme n’est pas un budget prévisionnel du chantier.

À terme, le décret impose un résultat précis : les bâtiments ne devront plus comporter de zones soumises aux contraintes de radioprotection et les sols devront permettre un usage industriel ou de recherche. Cet état devra être atteint avant la procédure de déclassement de Pégase, tandis que Cascad continuera son activité à quelques mètres de là.

Sources consultées
  1. LégifranceDécret n° 2026-808 du 21 août 2026 prescrivant au CEA de procéder aux opérations de démantèlement de l’installation Pégase
  2. Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotectionInstallation de stockage provisoire Pégase et installation d’entreposage à sec Cascad
  3. Autorité environnementale de l’IGEDDAvis délibéré n° 2024-052 du 11 juillet 2024 – Démantèlement de Pégase – CEA Cadarache
  4. Commission d’enquêteProjet de démantèlement de l’INB 22 « Pégase » sur le site du CEA Cadarache – Rapport de la commission d’enquête