
Sur la Côte Bleue, une chèvre peut sembler parfaitement à sa place dans le paysage et pourtant ne plus l’être du tout. Près de 90 animaux qui erraient depuis plusieurs semaines autour de Carry-le-Rouet ont été récupérés et mis à l’abri à Châteauneuf-les-Martigues, selon Roland Mouren. Le maire indique qu’après leur contrôle sanitaire, ils doivent être confiés à des bergers pratiquant l’écopastoralisme.
Ce passage de la divagation au pâturage encadré résume assez bien le problème local. Une chèvre broute, grimpe et cherche sa nourriture : rien de très gênant lorsqu’un berger décide où le troupeau passe et combien de temps il y reste. Livrée à elle-même, la même chèvre n’a plus de parcours. Franck Gourian, éleveur de chèvres du Rove, le formulait simplement à TF1 en 2025 : « Ce n’est pas un animal sauvage », il a besoin d’être cadré. Sans conduite, le pâturage peut devenir surpâturage.
Sur la Côte Bleue, les conséquences se voient aussi bien sur l’asphalte que dans les vignes. En juin, TF1 a filmé des chèvres passant sous les glissières et traversant les routes. À Ensuès-la-Redonne, la viticultrice Julianne Turc racontait qu’elles commencent par manger feuilles et branches avant d’atteindre les grappes. Une de ses parcelles n’avait donné aucune récolte après leur passage. Dans les collines de Châteauneuf, la commune relève également des accidents de circulation, des dégâts dans les cultures du vallon de Valtrède et une pression sur la végétation des espaces protégés.
À Châteauneuf-les-Martigues, la capture se fait progressivement. Le plan communal de biodiversité décrit trois parcs de capture placés sur les passages des animaux, avec un agrainage quotidien pour les attirer. Viennent ensuite le transport vers un enclos, l’alimentation, puis l’identification et le suivi vétérinaire avec la DDPP des Bouches-du-Rhône. La commune indique chercher des éleveurs agréés pratiquant l’écopâturage pour prendre les chèvres en charge. Ce dispositif est inscrit comme une action en cours depuis 2022.
Une fois conduites par un éleveur, leur appétit retrouve justement une utilité. Les animaux déjà capturés dans le secteur ont notamment été orientés vers l’entretien de terrains difficiles d’accès, comme les abords de voies ferrées ou de lignes à haute tension. Le même appétit qui peut faire perdre une récolte devient alors un outil de débroussaillement.
Pour les quelque 90 chèvres actuellement recueillies à Châteauneuf, la sortie prévue ne consiste donc pas seulement à les éloigner des routes de Carry-le-Rouet. Il s’agit de leur rendre ce qui transforme des chèvres dispersées en animaux pastoraux : un parcours, un troupeau et un berger.
Sources consultées
- MaritimaChâteauneuf-les-Martigues : près de 90 chèvres errantes mises à l’abri avant leur départ vers l’écopastoralisme
- Ville de Châteauneuf-les-MartiguesPlan communal pour la biodiversité 2023-2026
- TF1 Info« Si on ne régule pas… » : dans les Bouches-du-Rhône, les caprins errants rendent chèvres agriculteurs et automobilistes
- TF1 Info« Je me retourne, j’en vois une dans le salon » : sur la Côte Bleue, les très nombreuses chèvres envahissent même les maisons