
Près de 9 000 litres d’urine collectés pendant Marsatac ont rejoint le laboratoire marseillais d’Ehotil. Les cuves ne contiennent pas encore un engrais prêt à être épandu : l’entreprise indique que ce lot servira à poursuivre ses recherches sur la récupération des nutriments et l’assainissement à la source.
L’urine mérite cet intérêt parce qu’elle concentre environ 80 % de l’azote et 50 % du phosphore présents dans les eaux usées domestiques. Une fois mélangés aux chasses d’eau et aux autres rejets, ces éléments deviennent des polluants à éliminer plutôt qu’une ressource agricole. À l’échelle française, une étude consacrée au devenir de l’azote excrété estime qu’environ 10 % seulement retourne aujourd’hui aux cultures.
Ehotil tente d’intervenir avant cette dilution. Les toilettes à séparation isolent l’urine sans eau de chasse. Dans son laboratoire du boulevard de Plombières, la start-up travaille ensuite sur trois opérations : stabiliser les composés azotés, filtrer les éléments indésirables et concentrer le liquide. La dernière étape commande toute l’économie du projet. Un fertilisant composé presque entièrement d’eau coûterait trop cher à stocker et à transporter.
À Marsatac, Ehotil a pu récupérer, mettre en cuve et acheminer 9 000 litres jusqu’à son laboratoire. Cela documente la logistique d’une collecte événementielle, pas encore les performances du traitement. L’entreprise doit maintenant rendre son procédé reproductible et montrer ce que deviennent effectivement les nutriments et les micropolluants dans le produit obtenu. Elle ne publie pas encore de résultats indépendants détaillant ces performances.
Le volume du festival donne aussi une idée de l’échelle recherchée. Dans un entretien publié en 2025 par Pays d’Aix Développement, les fondateurs estimaient devoir collecter 1 000 m³ d’urine par an pour faire fonctionner leur modèle économique. Les 9 000 litres de Marsatac représentent 9 m³, soit moins de 1 % de ce besoin annuel annoncé. Un festival permet d’éprouver la logistique, mais une activité régulière demanderait des apports continus provenant de bâtiments, de bureaux ou de lieux très fréquentés.
À Marseille, Ehotil part d’un savoir-faire déjà éprouvé dans la séparation à la source. Emmanuel Morin développe depuis 2009 des toilettes sèches à séparation avec Ecodomeo ; son associé Stéphane de Lacroix de Lavalette est ingénieur agronome. La société collabore aussi avec le laboratoire M2P2 d’Aix-Marseille Université dans le cadre d’une thèse CIFRE sur son procédé.
Les cuves de Marsatac ne prouvent donc pas encore qu’une nouvelle filière d’engrais est née. Elles montrent qu’à Marseille, la collecte d’une ressource habituellement envoyée à l’égout peut déjà être organisée à plusieurs milliers de litres. La prochaine avancée se jouera dans le laboratoire de Plombières : obtenir, sur ces volumes, un traitement régulier et des performances mesurées.
Sources consultées
- EhotilDu festival Marsatac au laboratoire d’Ehotil
- INRAEDe l’urine recyclée pour les futurs engrais
- Science of the Total EnvironmentFate of nitrogen in French human excreta: Current waste and agronomic opportunities for the future
- Pays d’Aix DéveloppementEhotil, une nouvelle ressource pour l’agriculture
- Annuaire des entreprisesSociété EHOTIL à Marseille