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À Marignane, 203 179 euros pour ouvrir un passage aux anguilles

Le seuil Saint-Pierre est adapté cet été avec une rampe à anguilles, un petit chantier qui révèle la succession d’obstacles qui barrent la Cadière.

Illustration d’une rampe pour anguilles

À Marignane, le seuil Saint-Pierre barre la Cadière près de l’avenue du Général-de-Gaulle. Il est partiellement repris cet été pour 203 179 euros hors taxes, avec la création d’une rampe permettant aux anguilles de le franchir. Les travaux principaux doivent s’achever à la mi-août, avant une revégétalisation de la rive droite en novembre.

La sardine marseillaise aurait bouché le port. À Marignane, l’anguille du Midi se heurte à un obstacle moins légendaire : un seuil placé sur sa route entre la mer et l’amont de la Cadière.

L’anguille européenne naît dans la mer des Sargasses, traverse l’Atlantique, puis grandit pendant plusieurs années dans les eaux européennes avant de repartir se reproduire. Elle franchit difficilement une chute verticale, mais peut progresser sur une pente humide et rugueuse. C’est le principe de l’aménagement de Saint-Pierre : conserver le seuil, mais lui ajouter une voie étroite parcourue par un filet d’eau.

Le chantier répond à une difficulté déjà mesurée sur place. En 2021, la Fédération de pêche des Bouches-du-Rhône relevait 742 jeunes anguilles de moins de 15 centimètres par hectare en aval du seuil, contre 3 489 en 2018. Cette chute s’explique en partie par le recul général de l’espèce, mais le diagnostic identifiait aussi la succession des ouvrages comme un frein à sa progression dans la Cadière.

Saint-Pierre n’est en effet que le premier verrou. Les relevés mentionnent ensuite le seuil du centre commercial, la couverture de Marignane, la cascade de Saint-Victoret, celle de la station d’épuration de Vitrolles, puis le seuil du pont Rossi. Certaines anguilles s’accumulent en aval de ces obstacles avant de profiter d’un débit favorable pour passer. Restaurer la circulation de la rivière suppose donc de reprendre une chaîne entière, ouvrage après ouvrage.

Cette chaîne d’obstacles explique aussi l’échelle choisie pour agir. Depuis 2018, la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations relèvent de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Celle-ci s’appuie sur Ménélik, établissement public chargé de raisonner à l’échelle des bassins versants plutôt qu’à celle des seules frontières communales. Une anguille ignore où finit Marignane et où commence Saint-Victoret. La politique de la rivière doit faire de même.

Face à un seuil, deux solutions dominent : le supprimer lorsqu’il ne sert plus, ou l’équiper lorsqu’il doit être conservé pour des raisons hydrauliques, foncières ou de stabilité. À Saint-Pierre, le second choix a été retenu. Les documents publiés n’expliquent pas pourquoi un effacement complet a été écarté.

La rampe constitue donc un rattrapage utile, pas la restauration complète de la Cadière. Son efficacité ne pourra être mesurée qu’avec de nouveaux inventaires, dont le calendrier n’est pas encore public. À la mi-août, toute la rivière ne sera pas rouverte, mais les anguilles disposeront enfin d’un passage au seuil Saint-Pierre.

Sources consultées
  1. Métropole Aix-Marseille-ProvenceLa Métropole et Ménélik agissent tout l’été pour préserver l’anguille européenne à Marignane
  2. MénélikÀ Marignane, bientôt une rampe à anguilles sur la Cadière
  3. Fédération de pêche et de protection du milieu aquatique des Bouches-du-RhôneSuivi du recrutement de l’anguille dans les cours d’eau des Bouches-du-Rhône, 2021
  4. MénélikSauver l’anguille : des seuils aménagés pour des rivières vivantes
  5. Métropole Aix-Marseille-ProvenceGestion des milieux aquatiques et prévention des inondations