Article

Scories des Calanques : pourquoi Marseille ne peut pas tout enlever

Dès septembre, l’ADEME engage 14,9 millions d’euros pour traiter 16 dépôts de scories entre Saména et Callelongue, par évacuation ou confinement.

Scories sur le littoral des Calanques

La seconde phase du chantier des scories commencera à s’installer le 1er septembre sur le littoral sud de Marseille. Jusqu’au 31 mars 2027, l’ADEME interviendra sur 16 dépôts répartis sur neuf sites, dont 13 nouveaux et trois laissés inachevés par la première campagne. L’ensemble du programme représente désormais 14,9 millions d’euros.

Ces travaux ne feront pas disparaître toute la pollution des Calanques. Les résidus des anciennes usines de plomb, d’acides et de soude sont disséminés entre Saména et Callelongue. Ils ont aussi été employés comme remblais pour des routes, des parkings et des talus. Leur retrait intégral n’a pas été jugé techniquement et financièrement réaliste. Les pouvoirs publics ont donc retenu 20 dépôts massifs selon leur dangerosité, l’exposition du public, leur stabilité, leur accessibilité et les contraintes écologiques.

La réponse change avec chaque morceau de côte. À la Maronaise, les scories et les déchets amiantés doivent être entièrement évacués afin de retrouver le profil naturel de la pente. Dans le vallon de l’Escalette, les volumes sont trop importants pour une excavation complète : les dépôts seront remodelés puis isolés sous quelque 2 500 m³ de calcaire, apportés par environ 350 camions.

Callelongue résume ce compromis. Sur la partie nord du belvédère, environ 600 m³ de scories non végétalisées seront aspirées et envoyées vers un centre spécialisé dans les déchets dangereux. Le talus sud, plus vaste et instable, restera en place. Il sera reprofilé, étanchéifié puis recouvert d’éboulis calcaires et de béton sculpté pour empêcher l’envol des poussières et le contact direct avec les polluants.

Le chantier occupera cependant les mêmes espaces que les habitants, les bus et les visiteurs. L’installation commencera le 1er septembre à Callelongue, avant le démarrage effectif des travaux le 15. Un alternat englobera le rond-point Livanos pendant sept mois, y compris le week-end. Le secteur, qui compte habituellement environ 65 à 70 places de stationnement, n’en offrira plus que 16. Au parking Napoléon, transformé en base pour un chantier pouvant réunir 70 personnes aux périodes de pointe, aucune place ne restera en semaine.

Cette pollution remonte aux activités industrielles du XIXe siècle. Saisi par le préfet en juillet 2004, l’Institut de veille sanitaire avait publié en 2005 une évaluation identifiant notamment un risque pour les jeunes enfants exposés aux terres de l’Escalette ou au sable de Saména. Il a ensuite fallu hiérarchiser les dépôts, choisir une solution pour chacun et obtenir les autorisations nécessaires sur un littoral protégé, au cœur du parc national.

L’ADEME intervient ici pour le compte de l’État sur des pollutions dont les responsables historiques sont absents ou défaillants. Le budget initial de 14 millions d’euros a été porté à 14,9 millions après l’attribution des marchés. L’État et le Département en financent l’essentiel ; la Ville de Marseille et la Métropole complètent.

Le chantier est un rattrapage sanitaire, pas un effacement du passé industriel. À Callelongue, une partie des scories quittera le littoral en camion ; une autre restera enfermée sous le calcaire et le béton, tandis que la route continuera de fonctionner à une seule voie.

Sources consultées
  1. ADEMETravaux de mise en sécurité des dépôts massifs de scories présents sur le littoral sud des Calanques, comité de suivi du 19 mai 2026
  2. ADEMEFoire aux questions
  3. ADEMEDépôt de Callelongue n°1
  4. Métropole Aix-Marseille-ProvenceAvenant n°1 au financement de la mise en sécurité des dépôts de scories
  5. Institut de veille sanitairePrésence de plomb et d’arsenic sur le littoral sud de Marseille : une étude de santé