
À Marseille, la consommation visible de cocaïne basée augmente chaque année depuis 2022. Une offre de recrutement publiée fin juin par le Groupe SOS fait apparaître un nouveau dispositif en préparation rue des Petites Maries, près de Belsunce. Habitat Alternatif Social doit assurer l’hébergement, Médecins du Monde porte le programme Tempo et le Sleep In fournit du personnel soignant. L’objectif annoncé est de mieux relier les services destinés à des personnes qui peuvent cumuler sans-abrisme, consommations, troubles psychiques et maladies non stabilisées.
Cette organisation répond à une particularité marseillaise. Les observations réunies par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives n’identifient pas de marché local organisé du crack. Les consommateurs achètent généralement de la cocaïne en poudre, parfois en pochons de 10 ou 20 euros, puis la transforment eux-mêmes. Les saisies régionales de crack n’ont atteint que 2,8 grammes en 2025, même si de petites reventes existent entre usagers.
Il n’existe donc pas une unique « scène du crack » qu’il suffirait de fermer. Les lieux de vente et de consommation se déplacent. Le rapport TREND raconte comment les opérations policières menées dans le centre à l’été 2025 ont repoussé des groupes de quelques centaines de mètres, vers la Belle-de-Mai ou Saint-Mauront. Certains sont ensuite revenus. Dans une ville étendue, où les quartiers pauvres atteignent l’hypercentre, la rue devient le point de rencontre entre vente, mendicité, hébergement précaire et services d’aide.
Marseille dispose déjà de plusieurs services. Près de Saint-Charles, le Sleep In propose un accueil de jour, des douches, du matériel de réduction des risques, des consultations médicales et psychologiques, des maraudes et un hébergement d’urgence. Ailleurs, le guide municipal oriente vers un centre de soins en addictologie rue Fort-Notre-Dame, une permanence psychiatrique à l’hôpital Édouard-Toulouse ou les permanences d’accès aux soins des hôpitaux. Mais ces services se trouvent derrière plusieurs portes et imposent plusieurs déplacements à des personnes dont la vie est rarement assez stable pour les enchaîner.
Les sources publiques ne permettent pas de connaître la capacité réellement ouverte cet été. Le Groupe SOS indique une capacité d’accueil de 30 places, tandis que Drogues Info Service recense 15 places d’hébergement à la nuitée, sans date ni périmètre communs. Cette incertitude compte dans un système que le rapport TREND décrit déjà comme saturé pour l’hébergement temporaire, difficile d’accès pour la psychiatrie et compliqué par la dématérialisation des démarches sociales.
Le dispositif des Petites Maries tente précisément de réduire ces ruptures. L’offre publiée fin juin prévoit qu’un infirmier du Sleep In travaille avec les équipes d’hébergement et de Tempo pour faciliter l’accès aux soins, le suivi et la coordination. Les recrutements décrivent ainsi une équipe chargée de relier l’hébergement temporaire, les soins et l’accompagnement social.
Sa capacité et sa date d’ouverture n’ont pas été publiées. Son efficacité se mesurera à un trajet simple : qu’une personne rencontrée lors d’une maraude autour de la porte d’Aix puisse entrer rue des Petites Maries, recevoir des soins et ne pas se retrouver de nouveau seule dans la rue le lendemain matin.
Sources consultées
- Observatoire français des drogues et des tendances addictivesTendances récentes et évolutions liées aux usages de drogues à Marseille et en PACA en 2025
- Groupe SOS SolidaritésCAARUD Sleep In Marseille
- Drogues Info ServiceCAARUD Sleep In Marseille
- Ville de MarseilleGuide du Marseille solidaire 2026
- Groupe SOSInfirmier·ère, dispositif Tempo aux Petites Maries