
À Fos-sur-Mer, l’électricité du futur site H4 ne servira pas seulement à faire tourner les machines. Elle sera l’une de ses principales matières premières. EDF et H4 Marseille Fos ont signé un contrat d’allocation portant sur environ 150 MW de production nucléaire pendant dix ans, à compter de la mise en service prévue en 2032.
H4 veut produire jusqu’à 75 000 tonnes de carburant d’aviation synthétique par an. L’électricité alimentera d’abord des électrolyseurs, qui sépareront l’hydrogène contenu dans l’eau. Cet hydrogène sera combiné à du CO₂ capté pour fabriquer du méthanol, ensuite transformé en carburant utilisable dans les avions existants.
Le contrat avec EDF ne correspond pas à une centrale ou à une ligne réservée au projet. Il donne à H4 accès à une part de la production réellement disponible du parc : le prix et le volume dépendront donc de cette production. Pour une usine qui prévoit de consommer 2,8 TWh par an, cette visibilité est décisive pour obtenir son financement. Selon les deux partenaires, l’électricité représentera près d’un tiers du coût du carburant.
En 2024, aucun carburant synthétique n’a été distribué dans les aéroports européens. Pour 2025, l’Agence européenne de la sécurité aérienne estime le coût de référence d’un carburant synthétique bas carbone à 5 415 euros la tonne, contre 640 euros pour le carburant conventionnel. L’Union européenne imposera une première part de carburants synthétiques dans les approvisionnements à partir de 2030. Aucun contrat d’achat de la future production de H4 n’a encore été rendu public.
À Fos, le projet s’appuie sur 46,6 hectares au Môle central, dans une zone qui accueille déjà de grandes unités chimiques et fait circuler des matières par canalisation. Des industries régionales pourraient fournir le CO₂ nécessaire. Dans un paysage façonné pour le pétrole, H4 veut désormais enchaîner hydrogène, méthanol et carburant d’aviation.
L’accumulation de nouveaux projets industriels met cependant le réseau électrique sous pression. RTE a reçu plus de 6 GW de demandes de raccordement dans le Sud-Est, soit l’équivalent de la consommation actuelle de la zone. Le gestionnaire prépare notamment une nouvelle ligne de 400 000 volts jusqu’à Fos-sur-Mer. Le contrat EDF organise l’accès économique à l’électricité, mais il ne crée pas la capacité physique nécessaire pour l’acheminer. La dépendance du calendrier d’H4 à cette future ligne n’est pas encore précisée. Le sujet rejoint la discussion commune ouverte par le port sur les projets industriels de Fos.
Le projet, évalué entre 1,5 et 1,7 milliard d’euros, reste avant la décision finale d’investissement. Le dépôt de la demande d’autorisation environnementale est annoncé pour septembre 2026, avec un chantier envisagé en 2028 et une exploitation commerciale début 2032. Sur le Môle central, H4 possède désormais le terrain et un contrat électrique. La prochaine épreuve sera d’obtenir les autorisations, les capitaux et les mégawatts au bout de la ligne.
Sources consultées
- EDFEDF et H4 Marseille Fos signent un partenariat de long terme pour le projet de production de carburants de synthèse développé par H4 Marseille Fos
- Commission nationale du débat publicDeuxième rapport intermédiaire de la concertation continue H4 Marseille Fos
- Agence européenne de la sécurité aérienne2025 Aviation Fuels Reference Prices for ReFuelEU Aviation
- RTEProgramme d’électrification Fos Berre Provence 2030
- Port de Marseille FosSignature des titres d’occupation avec H4 Marseille Fos