Le Parc naturel régional de Camargue lance une étude de deux ans pour bâtir un plan de gestion stratégique des zones humides sur le Grand Delta du Rhône. Le marché, publié le 3 juillet, attend des offres jusqu’au 10 août 2026 à midi.
Le sujet pourrait sembler discret: une mission d’hydrologie, d’écologie, de cartographie et de concertation. En Camargue, il touche pourtant à la façon dont le territoire tient debout. Gérer une zone humide, ici, ce n’est pas seulement protéger un marais ou suivre un étang. C’est décider comment circulent l’eau douce, l’eau salée et les effets d’un choix local dans tout un delta.
Le périmètre retenu dépasse celui du Parc, qui couvre déjà plus de 100 000 hectares entre Arles, Les Saintes-Maries-de-la-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône. Il suit celui de la Réserve de biosphère de Camargue, à l’échelle du delta biogéographique du Rhône: 12 communes, les Bouches-du-Rhône et le Gard, 346 211 hectares dont 176 260 en mer. Ce changement d’échelle compte. Le sel, les canaux, les lagunes et les pompages ne connaissent pas les limites administratives.
Le plan devra donc regarder ensemble ce qui est souvent administré séparément. Vaccarès, salins de Camargue, Tour du Valat, Domaine de la Palissade, Marais du Vigueirat, terrains du Conservatoire du littoral, propriétés privées: beaucoup de sites ont déjà leurs gestionnaires, leurs habitudes et leurs plans. Cette organisation a produit des savoir-faire. Elle peut aussi masquer les effets en chaîne. Un apport d’eau, une restauration, une fermeture, une priorité donnée à un secteur peuvent modifier l’équilibre ailleurs.
Le calendrier n’arrive pas par hasard. Le Parc inscrit cette étude dans la suite de “L’avenir de la Camargue avec le sel ?”, feuille de route 2024-2026 construite avec l’État, la Région, le Département, l’intercommunalité et les communes camarguaises. Le document met en avant la hausse de la salinité, les sécheresses, la submersion marine, la pression sur l’eau douce du Rhône et la difficulté de maintenir certains habitats. La crise du Vaccarès a déjà rendu cette dépendance très visible. La Clé Publique avait raconté en juin le projet de by-pass gravitaire vers le Vaccarès, qui appartient au même paysage hydraulique.
La gouvernance dit aussi l’ampleur du sujet. Le Parc porte l’étude, avec le SYMADREM et le Syndicat mixte de la Camargue gardoise comme co-pilotes. Autour de la table, il faudra faire parler la protection des milieux, les digues, le ressuyage des crues, les associations syndicales agricoles, les communes, les propriétaires et les gestionnaires d’espaces naturels. La Camargue n’a pas seulement besoin de données: elle a besoin d’une hiérarchie partagée des interventions.
Le cadre national pousse dans le même sens. Le SDAGE Rhône-Méditerranée 2022-2027 demande des plans de gestion stratégique des zones humides pour passer des inventaires à des actions priorisées, selon les fonctions écologiques, les services rendus et la faisabilité technique, politique et financière.
Le coût précis du marché n’est pas indiqué dans l’avis. La convention de coopération prévoit un financement par l’Agence de l’eau et des fonds FEDER, sous réserve de labellisation Plan Rhône. Les cartes, rapports et données produits devront être partagés dans un format commun utilisable sous QGIS. En Camargue, ce détail est déjà une décision: commencer par mettre le Rhône, le Vaccarès, les digues, les canaux et les marais sur la même table.
Sources consultées
- Parc naturel régional de CamargueConvention relative à l’élaboration du Plan de gestion stratégique des zones humides du Grand Delta du Rhône
- MAB FranceRéserve de biosphère de Camargue, delta du Rhône
- SYMADREMSchéma d’organisation de la compétence locale de l’eau sur le Grand Delta du Rhône
- L’eau dans le bassin Rhône-MéditerranéeLa politique du bassin en faveur des zones humides
- Parc naturel régional de CamarguePlan d’action partenarial 2024-2026 “L’avenir de la Camargue avec le sel ?”