La base aérienne 125 d’Istres va recevoir un troisième centre de maintenance pour les A330 MRTT Phénix, les avions ravitailleurs et de transport stratégique de l’armée de l’Air et de l’Espace. Le marché de travaux, publié le 16 juin, est porté par le Service d’infrastructure de la défense Sud-Est.
L’avis publié ne donne pas le coût du bâtiment. Il donne en revanche la nature du chantier : terrassement, voirie, aménagements extérieurs, structure, clos couvert, équipements techniques, électricité et second œuvre. La procédure est un marché de défense ou de sécurité, avec documents en diffusion restreinte, accord de confidentialité, contrôle préalable des entreprises candidates et visite obligatoire du site pour les offres. Les demandes de participation sont attendues jusqu’au 23 juillet 2026. Le délai global annoncé est de 25 mois, dont quatre mois de préparation.
Vu de loin, cela peut ressembler à une affaire de hangar. À Istres, c’est une pièce de plus dans l’organisation au sol qui rend possible la projection aérienne française. Un A330 MRTT peut ravitailler des avions en vol, transporter des militaires, du fret, participer aux évacuations sanitaires et soutenir la composante aéroportée de la dissuasion. Mais cette capacité n’existe pas seulement dans l’avion. Elle dépend d’ateliers, d’aires aéronautiques, de réseaux électriques, de pièces, de procédures de sécurité, de mécaniciens et de bâtiments capables d’absorber des appareils gros porteurs.
La phase 3 ne tombe donc pas seule. Une consultation de 2024 portait déjà sur les études préalables de ce même centre de maintenance n°3. D’autres marchés de phase 3 concernaient aussi la création d’aires aéronautiques. La phase précédente avait déjà ajouté un deuxième centre de maintenance MRTT, un bâtiment opérations pour la 31e escadre, un centre de formation et des installations d’escale. Le nouveau marché poursuit cette logique : Istres n’accueille pas seulement des avions modernes, elle agrandit la chaîne technique qui permet de les faire repartir.
Depuis l’inauguration, en 2024, du premier terminal passagers militaire du “Hub des armées”, cette fonction logistique est devenue plus visible. L’équipement est prévu pour accueillir 100 000 passagers militaires par an. Un rapport parlementaire indiquait aussi une cible de 9 000 tonnes de fret par an et associait cette montée en puissance au désengagement de prestations externalisées à Roissy-Charles-de-Gaulle, avec une économie annoncée de 15 millions d’euros par an. La centralisation n’est pas qu’une affaire de confort : elle réduit une dépendance à des infrastructures civiles et regroupe les flux militaires sur un site contrôlé.
Cette concentration place Istres à part dans les Bouches-du-Rhône. La base est déjà l’un des grands lieux aéronautiques du département, avec un tissu industriel et de maintenance présent autour du site et du pôle Jean-Sarrail. En 2026, son commandant la décrivait comme la plus grande base aérienne de France, avec environ 5 000 travailleurs sur site, militaires, civils de la Défense et industriels compris.
La limite tient dans le même mouvement. Un rapport parlementaire de 2023 saluait la modernisation d’Istres, mais alertait aussi sur le risque de “bases à deux vitesses” : des infrastructures neuves pour les matériels récents, et des bâtiments ordinaires qui vieillissent. À Istres, le même rapport évoquait environ six millions d’euros manquants pour des projets de maintenance majeurs sur les quatre sites de la base de défense.
Le troisième centre MRTT ne suffit pas à régler ce décalage. Il dit autre chose, plus concret : la puissance aérienne française repose aussi sur des chantiers longs, fermés au public, très techniques, souvent invisibles. À Istres, le prochain de ces chantiers doit maintenant trouver ses entreprises.
Sources consultées
- France Marchés / BOAMPISTRES (13) – BASE AERIENNE 125 CHARLES MONIER – ACCUEIL MRTT Phase 3 – Construction du centre de maintenance N°3
- Ministère des Armées / SGAPremier terminal passagers militaire inauguré sur la base aérienne d’Istres
- Ministère des Armées / Armée de l’Air et de l’EspaceAirbus A330 Phénix
- Assemblée nationaleTome VI - Défense : Préparation et emploi des forces : Air, avis budgétaire PLF 2024
- La Tribune« La base aérienne 125 d’Istres est en train de devenir un hub de l’État »