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À Sainte-Victoire, un sentier pour protéger les fossiles des pas de côté

Le Département prépare un sentier d’interprétation dans la réserve naturelle de Sainte-Victoire, entre pédagogie, fréquentation et protection des gisements.

Sentier protégé à Sainte-Victoire

Entre le parking de l’Aurigon et le barrage de Bimont, la Sainte-Victoire est déjà très fréquentée. Le Département des Bouches-du-Rhône estime que plus de 350 000 personnes empruntent cette piste du parc départemental de Roques-Hautes. C’est sur cet axe qu’il prépare désormais un sentier d’interprétation de la réserve naturelle nationale.

La consultation ouverte par le Département, sous la référence 2026-0155, ne porte pas encore sur les travaux eux-mêmes. Elle vise à choisir une assistance à maîtrise d’ouvrage pour préparer la consultation des entreprises, suivre le chantier, coordonner les interventions et réceptionner les aménagements. La date limite de remise des offres est fixée au 29 juin 2026. Le montant prévisionnel des travaux n’est pas indiqué dans les documents consultés.

La réserve concernée n’est pas un secteur ordinaire du massif. Créée en 1994 sur la commune de Beaurecueil, au cœur de Roques-Hautes, elle couvre environ 139 hectares. Son origine est d’abord géologique et paléontologique: les formations dites des argiles rouges et grès à reptiles y ont livré des restes d’œufs et d’ossements de dinosaures du Crétacé supérieur. Des fouilles menées avec le muséum d’histoire naturelle d’Aix-en-Provence ont aussi permis de découvrir des centaines d’œufs et d’ossements fossiles.

Le futur parcours doit donc faire deux choses à la fois: raconter le site et canaliser la visite. Le projet, lancé en 2021, prévoit d’apporter des informations le long de la piste DFCI qui ceinture la réserve. Deux secteurs doivent recevoir des aménagements plus précis: une zone de lecture du paysage géologique et une zone pédagogique destinée à canaliser le public à hauteur d’un site de fouilles important, grâce à une passerelle surélevée.

Dans une réserve déjà traversée, un panneau n’est pas seulement une invitation à apprendre. Une passerelle, un balisage clair et une signalétique cohérente peuvent éviter que les visiteurs cherchent leur propre chemin au plus près d’un gisement fragile. Le rapport d’enquête publique sur le projet d’extension de la réserve le disait très directement: le renouvellement de la signalétique doit permettre de mieux contrôler l’accès aux pistes et sentiers, ainsi que l’interdiction de sortir des cheminements autorisés.

Le sentier s’inscrit aussi dans un périmètre en train d’être repensé. Le projet d’extension de la réserve vise notamment l’ancien champ de tir militaire et ses alentours, soit environ 150 hectares supplémentaires. L’objectif est de protéger des terrains voisins où se prolongent les gisements fossilifères, les milieux naturels et les espèces protégées de la réserve actuelle. Les documents de la DREAL relevaient sur ces secteurs une absence de gestion, une dégradation de gisements fossilifères et une fréquentation en hausse malgré l’interdiction d’accès à certaines parcelles.

Même le calendrier du chantier raconte cette fragilité. Le cahier des charges demande de composer avec la reproduction de l’avifaune patrimoniale, dont l’aigle de Bonelli et la pie-grièche méridionale, ainsi qu’avec les règles estivales d’accès aux massifs forestiers liées au risque incendie. La période de mi-mai à fin juillet est à éviter strictement; septembre à novembre est présentée comme la fenêtre préférentielle.

Sainte-Victoire connaît déjà cette transformation des sentiers en infrastructures de protection. Le Grand Site Concors Sainte-Victoire évalue la fréquentation des massifs à 1,55 million de visiteurs annuels. Sur Imoucha, itinéraire très emprunté du Grand Site, la Métropole a récemment mené une réhabilitation pour limiter l’érosion des cheminements et l’impact sur les milieux sensibles.

À Roques-Hautes, le Département ne ferme donc pas la réserve au regard du public. Il cherche à rendre cette visite plus lisible, plus informée et moins dommageable. Entre l’Aurigon et Bimont, la protection passera par un objet simple: un chemin que l’on comprend assez bien pour ne pas avoir besoin d’en sortir.

Sources consultées
  1. Département des Bouches-du-Rhône, plateforme des marchés publicsDétail de la consultation 2026-0155, assistance à maîtrise d’ouvrage pour la réalisation d’un sentier d’interprétation de la réserve naturelle de Sainte-Victoire
  2. Conseil départemental des Bouches-du-RhôneBudget primitif 2025: délégation Mise en relief de la paléontologie et archéologie en Provence
  3. DREAL Provence-Alpes-Côte d’AzurRapport d’enquête publique, projet d’extension de la réserve naturelle nationale de Sainte-Victoire
  4. Grand Site Concors Sainte-VictoireÉtude de fréquentation du Grand Site Concors Sainte-Victoire
  5. Métropole Aix-Marseille-ProvenceLa Métropole réhabilite le très fréquenté sentier Imoucha