Le Grand Port maritime de Marseille prépare de nouveaux locaux de contrôle douanier sur les terminaux conteneurs des Bassins Ouest, à Graveleau, sur la zone de Fos-sur-Mer. Attribuée le 5 juin à Romain Jamot Architecture, la maîtrise d’œuvre représente 270 000 euros hors taxes; treize offres avaient été reçues.
Le marché ne lance pas encore les travaux. Il confie la conception de bureaux, de locaux de service et d’un hangar logistique destinés au contrôle douanier des conteneurs. L’avis initial précisait une contrainte forte: une mise en service visée fin 2027, avec des bâtiments modulaires. Le montant des travaux, lui, n’est pas encore public.
Dans un port à conteneurs, la frontière n’est pas seulement une ligne sur une carte. C’est une zone de travail. Quand un conteneur est ciblé, il faut le sortir du flux, le déplacer, le scanner, parfois l’ouvrir, parfois le vider, puis le remettre en circulation ou le retenir. Ce contrôle mobilise des agents, des engins, des chauffeurs, de l’espace et du temps.
Les procédures 2026 du Groupement Marseille Manutention Portuaire donnent une image très concrète de cette mécanique. Sur réquisition des douanes, la GMP peut neutraliser deux zones de 1 600 m² chacune pour les contrôles par scanner mobile: une zone de contrôle et une zone de levée de doute. Le document précise que ces opérations réduisent la capacité de stockage du terminal et nécessitent des moyens de manutention.
À Fos, cette contrainte tombe au cœur d’un grand port de flux. Marseille-Fos annonce 1,45 million d’EVP traités, trois terminaux conteneurs privés, 3 millions de m² de capacité de stockage et des connexions route, rail et fleuve. Les Bassins Ouest, avec leurs 10 000 hectares, concentrent les grands trafics intercontinentaux du port.
La date explique une partie du projet. Le 27 mars 2026, le ministère chargé des Comptes publics a annoncé à Marseille un renforcement des contrôles douaniers, avec l’objectif de doubler le taux de marchandises scannées d’ici fin 2027 et de le tripler dans les ports comme Marseille. Le même communiqué annonce un scanner fixe de nouvelle génération sur le port de Marseille d’ici la fin de 2027. Les documents disponibles ne disent pas que les nouveaux locaux de Graveleau accueilleront ce scanner; ils montrent en revanche une même échéance et une même pression opérationnelle.
Cette pression se voit déjà dans les faits. En mai, la Douane a annoncé une saisie de plus de 26 tonnes de cigarettes à Fos-sur-Mer, après le ciblage de deux conteneurs, leur passage au scanner, leur ouverture puis plusieurs heures de manutention dans un entrepôt sécurisé. Le contrôle n’est donc pas un geste administratif: c’est une opération portuaire.
La décision du port ressemble donc moins à un simple projet de bureaux qu’à une mise à niveau de l’outillage douanier des terminaux. Elle dit quelque chose de précis sur le port contemporain: plus les échanges accélèrent, plus le contrôle doit être intégré au fonctionnement du terminal, avec ses propres murs, ses propres zones et sa propre logistique, au milieu des conteneurs de Graveleau.
Sources consultées
- La Centrale des MarchésMaîtrise d’œuvre pour la construction de locaux de contrôles douaniers sur les terminaux conteneurs des Bassins Ouest, avis d’attribution n°26-56102
- Groupement Marseille Manutention PortuaireProcédures 2026 des contrôles douaniers sur les terminaux maritimes GMP
- Grand Port maritime de MarseilleConteneurs & Reefers
- Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numériqueEn déplacement à Marseille, David Amiel annonce un renforcement des moyens de contrôle de la Douane française
- Direction générale des douanes et droits indirectsSaisie record de plus de 26 tonnes de cigarettes à Fos-sur-Mer