Dans une salle de travaux pratiques, le quantique perd vite son air de mot magique. Il faut des instruments, des mesures, des protocoles, des étudiants qui manipulent et des enseignants qui peuvent leur faire recommencer quand l’expérience ne donne pas le résultat attendu.
C’est précisément ce que signale l’avis publié le 24 mai au BOAMP. Aix-Marseille Université lance un marché pour acquérir des équipements destinés à des travaux pratiques consacrés aux technologies quantiques. Les bénéficiaires annoncés sont les étudiants.
Le sujet tient dans cette bascule simple : on ne parle plus seulement de stratégie, de promesse industrielle ou de grands laboratoires. On équipe une formation. Pour former des étudiants, il faut pouvoir leur mettre autre chose sous les yeux qu’un schéma ou une promesse.
AMU n’arrive pas seule sur ce terrain. L’université fait partie de QuanTEdu-France, un programme national consacré à la formation aux technologies quantiques. Une fiche de recrutement publiée en 2023 mentionnait déjà, à Aix-Marseille, le développement d’outils expérimentaux pour des enseignements de licence et de master, notamment autour du master Nanosciences et nanotechnologies.
Le nouveau marché ressemble donc moins à une commande isolée qu’à une pièce concrète d’un chantier de formation. La France affiche l’objectif de former 5 000 nouveaux talents et de créer 16 000 emplois directs dans le quantique à l’horizon 2030. Ces chiffres ne prendront corps que si des universités peuvent installer des équipements, maintenir des bancs de TP et former des promotions entières autrement qu’au tableau.
Dans les Bouches-du-Rhône, c’est cette traduction locale qui rend l’avis utile à regarder. Après les simulateurs XR récemment commandés pour les lycées professionnels, l’université pose la même question à un autre niveau : que faut-il mettre dans les mains des élèves et des étudiants pour que la formation suive les métiers qui arrivent ?
L’avis ne permet pas encore de savoir quels équipements seront achetés, pour quel montant, sur quel campus ni à quelle échéance ils seront mis en service. Il ne dit pas non plus si ces travaux pratiques seront nouveaux ou s’ils renforceront des enseignements déjà engagés.
Mais il donne un bon repère. À Aix-Marseille Université, le quantique ne commence pas seulement dans les appels à projets. Il commence aussi dans une salle où quelqu’un devra brancher l’appareil, lire la mesure et comprendre pourquoi la physique n’a pas décidé d’être polie.