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À La Viste, le marché qui vend les mêmes légumes à trois prix

À Marseille, le marché solidaire de La Viste adapte le prix des mêmes produits aux moyens des habitants, deux mardis par mois.

Étal de légumes au marché

Devant le centre social Del Rio, à La Viste, les mêmes salades peuvent avoir trois prix.

Plein tarif pour rémunérer le producteur. Moins 25 % pour les habitants du quartier. Moins 50 % pour les personnes orientées par un travailleur social ou une association partenaire. Action contre la Faim prend en charge l’écart, afin que la baisse ne se fasse pas sur le dos du maraîcher.

C’est la petite mécanique qui porte le marché solidaire de La Viste, dans le 15e arrondissement de Marseille. Lancé en mai 2024, il se tient les premier et troisième mardis du mois, de 9h30 à 13h, devant le centre social Del Rio. Le 20 mai 2026, il a fêté ses deux ans avec des animations autour de l’agriculture, de la nutrition et du plaisir de mieux manger.

Le dispositif réunit le centre social Del Rio, Action contre la Faim et Graines de Soleil, structure de Châteauneuf-les-Martigues qui produit des fruits et légumes biologiques dans un chantier d’insertion. L’idée est plus simple que le montage: remettre des produits frais dans une routine de quartier, sans transformer l’achat alimentaire en parcours d’aide.

La Viste est un quartier prioritaire. L’accès aux produits frais y dépend du prix, bien sûr, mais aussi de la proximité, de l’habitude, des horaires, de la confiance. Le marché ne règle pas tout. Deux mardis par mois ne changent pas seuls l’alimentation d’un quartier. Mais ils créent un rendez-vous: passer devant Del Rio, regarder les cagettes, acheter quelques légumes, revenir la fois suivante.

Les premiers chiffres donnent au moins un signal. Selon la Métropole, plus de vingt éditions ont été organisées en 2025, 70 % des clients sont devenus réguliers et 43 % accédaient pour la première fois à des produits issus de l’agriculture biologique. Cela ne mesure pas encore l’impact social du marché. Mais cela montre qu’un usage s’installe, ce qui vaut mieux qu’une photo de ruban coupé.

Le contexte national aide à comprendre pourquoi ce marché mérite mieux qu’une brève d’anniversaire. En 2025, le Crédoc estimait que 16 % de la population disait devoir se restreindre sur l’alimentation faute de budget suffisant. À La Viste, cette pression prend une forme très concrète: non pas un grand discours sur le “bien manger”, mais une table de prix différente selon les situations, sur le même étal.

La suite se jouera dans la régularité. Si le marché tient, s’ajuste, attire les mêmes familles et quelques nouvelles, il aura gagné quelque chose de précieux: une place dans l’agenda du quartier. Et si les œufs partent encore avant 10 heures, les producteurs sauront quoi mettre en plus dans le camion.