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À Marseille, quand le logement évacué finit à l’hôtel

Marseille prévoit des chambres d’hôtel et d’appart-hôtel pour des ménages évacués de leur logement. Une réponse d’urgence très concrète.

Famille devant un hôtel marseillais

Un logement est interdit d’accès. Les occupants ne peuvent pas rentrer le soir. Il faut trouver une chambre, parfois plusieurs, avec assez de place pour une famille, quelques sacs et un minimum de vie normale. À Marseille, l’hôtel sert aussi à cela: loger en urgence des ménages qui viennent de perdre l’usage de leur logement.

La Ville vient de publier un marché public pour de l’hébergement temporaire en hôtels et appart-hôtels, destiné aux ménages mis à l’abri après une mesure d’évacuation sur le territoire marseillais. L’avis, daté du 19 mai, prévoit deux lots: l’un pour les hôtels, l’autre pour les appart-hôtels. Le contrat doit durer douze mois, avec trois reconductions possibles.

Le détail compte. Une chambre d’hôtel peut suffire pour passer une nuit. Un appart-hôtel dit déjà autre chose: une famille, un enfant à nourrir, des horaires d’école à tenir, des vêtements à laver, une attente qui risque de dépasser le simple dépannage. Ce n’est pas du confort. C’est l’intendance minimale de l’après-évacuation.

Il faut aussi distinguer ce dispositif de l’hébergement généraliste des personnes sans domicile, déjà traité récemment par La Clé Publique dans un article sur l’achat de nuitées hôtelières pour l’hébergement d’urgence en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ici, les ménages avaient un logement. C’est le logement qui n’est plus utilisable: péril, insalubrité, interdiction d’habiter ou autre mesure de sécurité.

En principe, l’hébergement temporaire revient au propriétaire ou à l’exploitant lorsque l’occupation est interdite. Si aucune solution n’est proposée, la puissance publique peut intervenir, puis chercher à récupérer les frais. Ce type de marché sert précisément à cela: permettre à la Ville d’agir vite, même lorsque la responsabilité finale n’est pas censée rester chez elle.

Depuis la rue d’Aubagne, Marseille ne peut plus traiter l’évacuation comme un simple acte de sécurité. Il faut aussi organiser l’après: prévenir, reloger temporairement, accompagner les démarches, garder un lien avec les écoles, les soins, le travail, le quartier. La Ville rappelle qu’une charte des personnes évacuées prévoit un accompagnement social, juridique et administratif pour les occupants légitimes concernés par une interdiction d’habiter.

L’hôtel règle l’urgence. Il ne règle pas le reste. L’enjeu sera de garder cette solution à sa juste place: proche quand c’est possible, courte autant qu’elle peut l’être, et reliée à une vraie sortie. Une chambre peut sauver une nuit. Elle ne doit pas devenir une adresse.