Au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales, la fin de Carbon tient en deux avis publiés le 20 mai. Carbon et Carbon Sud, deux sociétés domiciliées rue Grignan à Marseille, ont été placées en liquidation judiciaire par un jugement du 13 mai. La cessation des paiements est fixée au 1er avril.
Les annonces visent bien le porteur du projet de giga-usine photovoltaïque de Fos-sur-Mer. Carbon Sud, créée en 2023 et présidée par Carbon, apparaît dans le même mouvement judiciaire. Même adresse, même tribunal, même liquidateur : SAS Les Mandataires, avec Me Vincent de Carrière.
À Fos, Carbon n’était pas un nom de plus dans les registres. Le projet promettait une usine de panneaux solaires sur la zone industrialo-portuaire, avec une capacité annuelle annoncée de 5 GW, environ 1,5 milliard d’euros d’investissement et plus de 3 000 emplois directs. C’était le genre de chiffre qui donne tout de suite du volume à une carte de vœux industrielle.
L’abandon du projet, annoncé le 19 mai, donne aux deux avis BODACC leur vraie portée locale. Ils ne signalent pas seulement une difficulté d’entreprise. Ils font passer le dossier du registre des promesses à celui des actifs à solder, des créances à déclarer et des engagements à éclaircir.
Il faut garder les proportions justes. Les 3 000 emplois n’étaient pas des postes supprimés dans une usine en activité. Ils dépendaient d’un financement, de commandes, d’un marché européen du solaire plus favorable et d’un chantier qui n’a pas démarré. Pour Fos-sur-Mer, la perte est donc moins celle d’un employeur installé que celle d’un scénario industriel très attendu.
Le maire de Fos, Philippe Maurizot, n’a pas feint la surprise. Auprès de Maritima, il a résumé son scepticisme d’une formule assez claire : il n’y croyait « pas trop ». La réaction compte, parce qu’elle rappelle une chose simple dans un territoire saturé d’annonces sur la décarbonation : une usine ne commence pas avec un communiqué, mais avec un terrain, des financements, des clients et des recrutements.
Carbon laisse donc une trace paradoxale. Le projet voulait incarner la relance solaire française à Fos-sur-Mer. Pour l’instant, il rejoint une catégorie plus modeste : les grandes usines qui ont beaucoup existé sur plan, et pas assez en tôle, béton et badges d’entrée.