Devant une école, le problème commence parfois par quelques voitures mal rangées, une traversée d’enfants, un parent agacé, un trottoir saturé. Le nouveau marché montre que la Ville continue de financer une réponse moins spectaculaire: des médiateurs, de jour comme de nuit.
Un marché public de médiation sociale sur le territoire de la Ville apparaît dans les données de commande publique avec deux lots distincts: une médiation sociale diurne et une médiation sociale nocturne. Les données consultées font état d’un lot diurne de 200 000 euros attribué à l’association POPS, et d’un lot nocturne de 400 000 euros attribué à l’Association de médiation sociale, pour une durée de quatre ans.
La séparation entre jour et nuit est le détail qui compte. Elle dit que les tensions à traiter ne sont pas les mêmes selon l’heure, les lieux ouverts et les publics présents. Dans la journée, il peut s’agir d’abords d’écoles, d’équipements publics, de circulation des habitants, d’orientation vers un service. Le soir ou la nuit, la présence répond à d’autres usages de la ville, sur les espaces publics, les lieux de passage ou les secteurs plus exposés aux rassemblements et aux tensions d’usage.
La médiation sociale n’est pas une police bis. Elle ne remplace ni la police municipale, ni les services sociaux, ni les bailleurs, ni l’école. Son utilité commence souvent là où personne n’a encore vraiment pris le dossier: expliquer, orienter, appeler le bon service, éviter qu’une tension ne monte.
La Ville présente déjà la médiation comme un outil de prévention, avec 150 médiateurs intervenant depuis 2020 dans les quartiers et devant les écoles. Sur le littoral, elle indique aussi recourir chaque année à des associations de médiation sociale, avec des équipes chargées d’informer, d’accompagner et d’apaiser les tensions par la discussion avec les usagers.
Ce choix a une limite évidente: la médiation vaut par sa précision. Un médiateur posé au bon endroit, au bon horaire, avec des relais identifiés, peut éviter beaucoup de crispations. Une mission trop floue devient vite un gilet visible de plus, sans vraie prise sur le terrain. Tout se joue donc dans le cahier des charges: secteurs, horaires, continuité, formation, encadrement, remontée d’informations, articulation avec les écoles, les bailleurs, les associations et les services municipaux.
Le risque, pour une ville, est d’utiliser la médiation comme rustine visible sur des problèmes qui relèvent parfois de l’aménagement, de l’entretien, de la propreté, du logement ou de l’accès aux droits. Son intérêt, si elle est bien intégrée, est inverse: faire remonter une connaissance fine du quotidien. Un arrêt de bus qui concentre les tensions, une sortie d’école mal organisée, un espace public mal entretenu, un usage qui n’a pas été prévu par l’aménagement.
Cette logique rejoint, sans se confondre, la question du dialogue local déjà posée autour de Frais Vallon: dans certains quartiers, la puissance publique ne peut pas seulement décider, aménager ou contrôler. Elle doit aussi tenir une présence.
Le marché marseillais ne promet donc pas une solution miracle. Le vrai test sera moins dans son intitulé que dans son exécution: où les médiateurs seront envoyés, à quels horaires, avec quels relais, et ce que la Ville fera des problèmes qu’ils feront remonter.