Article

Avant les grues, le long travail du foncier dans les Bouches-du-Rhône

Trois avis de l’EPF PACA éclairent les étapes discrètes qui transforment une friche ou un terrain bloqué en opération réellement possible.

Friche foncière avant chantier

À Septèmes-les-Vallons, la friche Duclos n’a pas attendu les grues pour commencer à bouger. Sur cet ancien site industriel proche du centre-ville et de la gare, la commune porte depuis 2015 une démarche d’écoquartier. Le projet documenté prévoit 350 logements, dont 40 % de logements sociaux, et a obtenu 3,2 millions d’euros de Fonds vert. Mais avant les immeubles, il faut traiter le foncier: désamianter, déconstruire, dépolluer, vérifier ce que le sol permet encore, puis trouver le bon opérateur.

Trois avis publiés mi-mai par l’Établissement public foncier Provence-Alpes-Côte d’Azur parlent précisément de ces étapes peu visibles. L’EPF cherche des prestataires pour monter et suivre des opérations d’aménagement, préparer des dossiers réglementaires environnementaux, puis organiser la cession de terrains dont il est propriétaire. Les offres sont attendues fin juin. Les accords-cadres pourront accompagner l’établissement sur plusieurs années.

Pris séparément, ces avis ressemblent à des marchés techniques. Ensemble, ils racontent mieux la fabrique réelle de nombreux projets locaux. Dans les Bouches-du-Rhône, un terrain disponible sur le papier peut être déjà occupé, pollué, morcelé, trop cher pour une commune seule ou juridiquement compliqué. Il ne suffit pas de vouloir construire des logements, reconvertir une friche ou installer un équipement: encore faut-il rendre le terrain utilisable.

Le rôle de l’EPF se situe là. Il n’est pas là pour bâtir les immeubles, mais pour acheter ou porter des terrains avec les collectivités, laisser le temps au projet de se construire, puis revendre le foncier lorsque l’opération peut passer à l’étape suivante. Dans un département où les besoins en logements, les friches industrielles et la pression sur le sol se croisent souvent, ce travail décide parfois de ce qui pourra, ou non, sortir de terre.

L’environnement n’arrive plus à la fin, comme une formalité. Sur une ancienne friche, il peut déterminer le calendrier et parfois la forme même du projet: pollution des sols, eau, espèces protégées, démolition, remise en état. Les documents régionaux récents citent plusieurs sites du département concernés par le recyclage foncier, de Marseille Plombières-Locquesienne à Vitrolles Cap Horizon, en passant par Saint-Chamas et Septèmes-les-Vallons.

La cession est l’autre moment décisif. Dans ce contexte, vendre un terrain ne se résume pas à signer un acte. Il faut organiser la sortie du portage public, vérifier les propositions, sécuriser les engagements et transmettre le foncier à un acteur capable de réaliser le programme attendu. À ce stade, l’intention publique rencontre le prix, le calendrier et les contraintes du réel.

Ces trois avis ne promettent donc pas un nouveau quartier demain matin. Ils rappellent quelque chose de plus utile pour qui passe devant une friche fermée depuis des années: un site peut sembler immobile alors que son avenir se joue déjà dans des études, des dossiers, des choix de cession et des sols que personne ne voit. Dans l’aménagement, le panneau de chantier arrive tard. Le foncier, lui, a déjà fait une bonne partie de la randonnée.