Rue Honnorat, à l’arrière de la gare Saint-Charles, la première chose qui change n’est pas encore un quai, un accès ou une place mieux traversée. C’est un mur. Quatre, même: trois grandes fresques de 150 m² et une œuvre participative de 60 m², posées sur ce bord de gare qui regarde vers la Belle de Mai.
La Métropole Aix-Marseille-Provence rattache l’opération au projet Marseille Saint-Charles 360°, censé mieux ouvrir la gare sur ses quartiers voisins. Les fresques ont été réalisées avec le pôle de création Méta 2. Trois artistes locaux, Alfe, Braga Last One et Nerone, signent chacun une grande œuvre. La quatrième a été coconçue avec des riverains et peinte avec l’artiste Amsted.
Le choix du lieu fait une bonne partie du sujet. Saint-Charles n’est pas seulement l’endroit où l’on arrive à Marseille. C’est aussi une masse de rails, d’escaliers, de flux et de ruptures, qui organise tout un morceau de ville autour d’elle. Derrière la gare, un mur peint ne résout pas les circulations, l’attente ou les coupures entre quartiers. Mais il rend visible un endroit que beaucoup traversent sans forcément le regarder.
La prudence reste nécessaire. Ces fresques ne disent rien, à elles seules, de la qualité future du projet urbain. Elles ne garantissent ni les délais, ni les usages, ni la manière dont les habitants pèseront dans la suite. Elles signalent plutôt une phase de préfiguration: avant les grands travaux, on donne déjà une forme lisible à la transformation annoncée.
Le chantier Saint-Charles 360° est d’une autre échelle. Il accompagne la future reconfiguration de la gare, liée à la Ligne Nouvelle Provence Côte d’Azur, avec l’ambition d’une gare plus ouverte, plus accessible et capable d’accueillir davantage de voyageurs à l’horizon 2035. Une concertation préalable sur la création d’une zone d’aménagement autour de la gare s’est tenue du 26 mai au 31 juillet 2025. Son bilan a été approuvé par la Métropole.
C’est donc rue Honnorat que le projet donne, pour l’instant, son visage le plus simple: de la peinture, des artistes marseillais, des habitants associés à une partie de la création, et un projet urbain encore largement devant eux. Le vrai test viendra plus tard. Si les fresques restent seules, elles feront un joli bord de gare. Si les accès, les usages et les liens avec les quartiers suivent, elles auront servi à autre chose qu’à repeindre l’attente.