À Septèmes-les-Vallons, la friche Duclos est bien placée pour ne pas se faire oublier. Elle borde l’avenue du 8-Mai-1945, face à la médiathèque Jòrgi Reboul, elle-même installée dans un ancien bâtiment industriel. Derrière les clôtures, une dizaine d’hectares attendent mieux qu’un simple changement d’affectation.
L’Établissement public foncier de Provence-Alpes-Côte d’Azur vient d’ouvrir une consultation pour désigner le maître d’œuvre des travaux de dépollution. Le chantier ne démarre pas encore à grande échelle. Cette étape sert à préparer les travaux: s’appuyer sur les diagnostics, choisir les méthodes, organiser les futurs marchés, suivre les entreprises et vérifier que le terrain pourra accueillir les usages prévus. La mission doit durer trente mois à partir de septembre 2026.
Sur la friche Duclos, le mot “dépollution” n’est pas une formule vague. Les bases publiques sur les sols pollués décrivent un site industriel actif depuis le XIXe siècle, passé par la production d’acides, de soude, d’engrais, puis par la revalorisation de déchets mercuriels et la fabrication de sulfate d’alumine. Les diagnostics ont notamment relevé une pollution au mercure, avec d’autres polluants industriels à prendre en compte.
Avant les logements, les rues, l’école ou les espaces publics, il faut donc traiter la terre. Le secteur est lié au projet “Centre-ville et gare”, engagé par la commune dans une démarche d’écoquartier. L’État a déjà présenté l’opération comme la création de 345 logements, dont 40 % sociaux, pour un coût global évalué à 70,4 millions d’euros, avec 1,8 million d’euros d’aide du Fonds vert.
La promesse urbaine ne vaut pourtant que si le sous-sol suit. Pour les riverains, les questions utiles sont très concrètes: où se trouvent les pollutions, quelles terres seront retirées, que faudra-t-il traiter sur place ou ailleurs, quels contrôles seront faits sur les poussières, les eaux et les évacuations, combien de temps cela durera. La commune a déjà organisé des temps publics autour de la friche, de son passé industriel et du futur quartier. Sur un ancien site de ce type, il faut aussi expliquer ce que les engins feront réellement.
Duclos résume une difficulté familière autour de Marseille: le foncier disponible est rare, mais une partie des terrains réutilisables arrive avec une histoire industrielle dans les semelles. Réemployer ces espaces peut éviter d’étaler encore la ville. Mais la reconversion commence par ce qui ne se voit pas.
À Septèmes-les-Vallons, le futur quartier ne commencera donc pas par les façades. Il commencera par les terres, les analyses, les camions et les précautions. C’est moins vendeur qu’une image d’écoquartier, mais c’est le passage obligé avant de refaire ville sur un sol qui a beaucoup travaillé.