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À Marseille, le plomb se mesure avant de réparer

La Ville de Marseille lance un marché de diagnostics plomb dans des logements et parties communes, au croisement de l’habitat ancien et de la santé publique.

Diagnostic plomb dans un immeuble ancien

Dans un logement ancien, le diagnostic plomb ne cherche pas forcément le spectaculaire. Il regarde les peintures, les points d’eau, les parties communes, les endroits où un enfant pose la main, où une poussette reste dans l’escalier, où une peinture abîmée finit en poussière.

C’est l’objet d’un marché publié le 13 mai par la Ville de Marseille: faire réaliser des diagnostics de risque d’intoxication par le plomb, dans des locaux d’habitation et assimilés, ainsi que dans des parties communes hors patrimoine municipal. Le marché vise les peintures et l’eau, pour une durée prévue de 36 mois.

La formule est sèche. Le sujet touche, lui, à la vie quotidienne. À Marseille, le plomb fait partie des risques discrets de l’habitat ancien. Il ne dit pas à lui seul qu’un immeuble est indigne. Il ne transforme pas chaque logement d’avant-guerre en danger. Mais il impose une étape simple et parfois décisive: mesurer avant de pouvoir obliger à réparer.

L’Agence régionale de santé rappelle que le plomb peut se trouver dans les anciennes peintures, les poussières, les sols, certaines canalisations privées ou l’eau du robinet contaminée par ces installations. Chez l’enfant, l’intoxication peut provoquer des difficultés d’apprentissage, des troubles du comportement ou du sommeil, une baisse de l’audition, des signes digestifs. Depuis 2016, le saturnisme infantile doit être déclaré à l’ARS à partir d’une plombémie de 50 microgrammes par litre de sang.

Ce n’est pas une question théorique pour Marseille. Dans un bilan santé-environnement, l’ARS Paca indiquait que 38 % des logements de la ville avaient été construits avant 1949, période où les peintures au plomb étaient encore utilisées. Le Cerema estimait, dans une étude sur les Bouches-du-Rhône, que Marseille comptait 40 444 logements privés potentiellement indignes. Ces chiffres ne remplacent pas le terrain, mais ils expliquent pourquoi la recherche du plomb ne peut pas rester ponctuelle.

Le diagnostic ne règle pas le problème. Il le rend prouvable. S’il confirme un risque, la suite peut concerner le propriétaire, le syndic, les services municipaux, l’ARS, parfois le préfet. Il faut alors protéger les occupants, prescrire des mesures, faire réaliser des travaux, suivre les délais. Le vrai blocage commence souvent là: entre le rapport technique et le logement réellement sécurisé, il reste de l’argent, du temps, des responsabilités et, parfois, des résistances.

C’est aussi ce qui distingue le plomb d’une simple ligne dans un marché public. L’habitat indigne n’est pas seulement une façade fissurée ou un immeuble évacué. C’est parfois une cage d’escalier où la peinture s’effrite, un appartement loué trop longtemps sans gros travaux, une partie commune que les habitants traversent tous les jours, une installation d’eau privée qui n’a jamais été reprise.

La Ville indique avoir réalisé 2 300 interventions de contrôle en 2023 à la suite de signalements. Elle a aussi rendu obligatoire un diagnostic structurel dans plusieurs secteurs touchés par l’habitat dégradé, dont Noailles, Belle de Mai, Hoche-Versailles-Pelletan et La Cabucelle-Les Crottes. Le marché sur le plomb relève de cette même logique de prévention: avant la mise en demeure, avant les travaux, avant le contentieux, il faut souvent un constat solide.

Ce n’est pas très spectaculaire. Mais dans un vieux logement, une mesure bien faite peut déjà changer la conversation. Après elle, on ne parle plus d’un doute. On parle d’un risque identifié, et de quelqu’un qui doit s’en occuper.