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Hébergement d’urgence: à Marseille, l’État mise aussi sur les chambres d’hôtel

Un marché public régional organise l’achat de nuitées hôtelières pour les personnes sans domicile. À Marseille, le lot prévu domine l’enveloppe départementale.

Hébergement d’urgence à Marseille

Un appel au 115 ne se termine pas toujours dans un centre d’hébergement. Parfois, la réponse trouvée pour la nuit est une chambre d’hôtel: une porte qui ferme, un lit, un toit, mais pas encore un logement. C’est cette part peu visible de l’urgence sociale que l’État veut organiser plus clairement en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

La préfecture des Bouches-du-Rhône a relayé, le 13 avril, le lancement d’un marché public régional consacré aux nuitées hôtelières pour les personnes sans domicile. Le principe n’est pas nouveau dans les faits: l’hôtel sert déjà de solution de mise à l’abri quand les places manquent. Ce qui change ici, c’est le cadre. L’État cherche des établissements volontaires, sur quatre ans, avec des lots par territoire et des conditions fixées à l’avance.

Le détail du marché ramène vite le sujet à Marseille. L’enveloppe régionale est estimée à 100 millions d’euros hors taxes. Dans les Bouches-du-Rhône, quatre lots sont prévus: Aix-en-Provence, Arles, Istres et Marseille. Les trois premiers représentent chacun 1,666 million d’euros. Le lot marseillais atteint 78,302 millions d’euros. Le déséquilibre suffit à situer la pression: dans le département, l’essentiel de ce marché hôtelier se joue à Marseille.

Les hôtels concernés peuvent être de tailles et de catégories différentes. Ils ne deviennent pas pour autant des guichets sociaux. Une personne sans domicile ne se présente pas directement à la réception pour demander une chambre au titre du marché. L’orientation passe par le 115 et par le service intégré d’accueil et d’orientation, chargé d’organiser les réponses d’urgence. L’accompagnement social reste confié à des opérateurs spécialisés.

Cette précision évite un contresens. Le marché ne crée pas automatiquement des places nouvelles. Il organise l’achat de chambres disponibles, dans un cadre plus lisible pour l’État, les hôteliers et les acteurs sociaux. Une chambre peut être proposée pour une nuit, quelques jours ou davantage, selon les besoins et les possibilités. Mais elle reste une solution de mise à l’abri, pas une sortie de la précarité.

Dans les Bouches-du-Rhône, l’État indiquait à l’automne 2025 financer 6 726 places d’hébergement, entre structures pérennes et mise à l’abri dans des hôtels conventionnés. Lors de l’activation du plan hiver, 60 places supplémentaires pouvaient être ouvertes selon la météo et les besoins du terrain. Le printemps ne fait pas disparaître ces besoins: il les rend seulement moins visibles que lors des vagues de froid.

Les chiffres régionaux disent la même tension. En 2024, près de 38 000 personnes ont contacté le 115 en Provence-Alpes-Côte d’Azur pour une demande d’hébergement d’urgence. Près des trois quarts des demandes enregistrées n’ont pas abouti, principalement faute de places. Plus de 19 000 personnes n’ont jamais pu être hébergées au cours de l’année.

À Marseille, cette réalité déborde vite les tableaux. Lors de la Nuit de la solidarité de janvier 2025, 411 personnes, dont 28 enfants, s’apprêtaient à dormir dehors dans les huit premiers arrondissements. La Ville estimait en parallèle que près de 3 800 personnes étaient déjà hébergées dans des structures d’urgence, tandis que plusieurs milliers vivaient en squat ou en bidonville, hors du comptage de rue.

Le recours à l’hôtel répond à un problème très concret: où mettre à l’abri, le soir même, une personne seule, une femme avec enfant, une famille, quand les centres sont pleins? Il donne de la souplesse à un système qui en manque. Il peut aussi éviter des ouvertures improvisées dans l’urgence, comme les gymnases mobilisés lors des épisodes de froid.

Mais l’hôtel a ses limites. Il protège pour la nuit. Il ne remplace ni un logement, ni un accompagnement régulier, ni des solutions adaptées aux personnes qui ont besoin de soins, de stabilité ou d’un suivi de proximité. Pour les associations, le marché peut clarifier les rôles et sécuriser une partie de l’organisation. Il ne dira sa valeur que si les chambres disponibles sont réellement accessibles, suivies et reliées à un parcours de sortie.

Le test sera simple: des chambres ouvertes, accessibles via le 115, avec un accompagnement derrière. À Marseille, un marché public ne se jugera pas à son enveloppe, mais au nombre de nuits où il aura vraiment permis à quelqu’un de ne pas dormir dehors.