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À Bolmon, la réparation commence par les gravats

Le Conservatoire du littoral prépare un chantier de démolition et d’évacuation de déchets sur l’étang de Bolmon, à Châteauneuf-les-Martigues.

Étang de Bolmon et chantier

À Bolmon, la prochaine intervention ne prendra pas la forme d’une plantation, d’un observatoire ou d’une inauguration. Elle commencera plus simplement par démolir et évacuer des déchets.

Le Conservatoire du littoral vient de publier un marché pour des travaux sur le site de l’étang de Bolmon, à Châteauneuf-les-Martigues. Les entreprises ont jusqu’au 24 juin pour répondre. Le chantier est prévu pour durer quatre mois après l’attribution.

L’avis ne précise pas encore quels ouvrages ou quels déchets devront être retirés. C’est une limite importante. Mais le signal reste intéressant, justement parce qu’il est très matériel. Sur une zone humide comme Bolmon, la restauration ne commence pas toujours par de grands mots. Elle passe aussi par des gravats, des accès de chantier, du tri, de l’évacuation et des secteurs à remettre en état.

Bolmon est un lieu à part dans le paysage de l’étang de Berre. Cette lagune d’environ 578 hectares se trouve au sud du grand étang, séparée de lui par le cordon sableux du Jaï. Elle reçoit les eaux de la Cadière et du Raumartin, longe le canal du Rove et touche un territoire très habité, entre Châteauneuf-les-Martigues, Marignane et les communes proches de l’aéroport, des routes et des zones d’activité.

Ce n’est donc pas une nature lointaine que l’on regarderait depuis une carte. C’est un morceau de territoire très proche des usages ordinaires: promenades, accès aux berges, loisirs, passages, voisinage des villes et traces d’aménagements anciens. Le Conservatoire du littoral protège le site depuis les années 1990. La Métropole Aix-Marseille-Provence en assure aujourd’hui la gestion. Mais protéger ne suffit pas toujours. Il faut parfois retirer ce qui reste au sol.

Le GIPREB, le syndicat mixte chargé de la réhabilitation de l’étang de Berre, décrit encore Bolmon comme un milieu dégradé, avec une eau trouble, une circulation limitée et une végétation aquatique rare. Une partie du travail engagé ces derniers mois porte justement sur l’eau: la réouverture de trois bourdigues et de deux passages hydrauliques doit aider Bolmon à mieux échanger avec l’étang de Berre et le canal du Rove.

Le nouveau marché du Conservatoire rappelle l’autre face de cette remise en état. Faire revenir l’eau, améliorer les échanges, suivre la qualité écologique: tout cela compte. Mais sur le terrain, il faut aussi enlever des traces matérielles. Ce sont des opérations moins visibles, mais elles disent souvent mieux l’état réel d’un site que les discours sur sa protection.

Le précédent du Jaï le montre bien. À partir de 2009, les premiers chantiers de reconquête paysagère ont mêlé désamiantage, démolition de bâtis sans intérêt architectural, fermeture de la circulation automobile sur la dune et restauration plus douce du cordon sableux. La logique est la même: une zone humide ne se remet pas en état seulement parce qu’elle est classée ou gérée. Elle se reprend chantier après chantier.

Pour les habitants, l’enjeu immédiat sera de connaître le périmètre exact de l’intervention, le calendrier réel et les éventuelles restrictions d’accès. Pour le territoire, l’intérêt est plus large. Bolmon raconte une chose simple sur les marges de l’étang de Berre: la réparation écologique n’est pas toujours spectaculaire. Elle avance par gestes précis. Rouvrir un passage d’eau. Retirer ce qui encombre. Mieux tenir les accès. Donner au site une chance de mieux fonctionner comme milieu vivant.