Trente hectares de terre-plein, 400 mètres de quai utile, une capacité annoncée d’environ 15 flotteurs par an. À Fos, l’éolien en mer commence par des surfaces à réserver, des quais à adapter et des pièces à faire circuler avant de parler de turbines au large.
Le port de Marseille Fos a lancé une consultation pour attribuer une convention d’occupation temporaire dans le cadre du projet DEOS, consacré au développement de l’éolien en mer à Fos. Le dispositif est technique: il s’agit de choisir un occupant pour exploiter un espace portuaire pendant une durée donnée. Le sujet, lui, est très lisible. Dans un port déjà occupé par l’industrie, l’énergie, la logistique et les flux maritimes, il faut trouver une place physique pour une nouvelle filière.
C’est le point que le précédent article du 7 mai avait commencé à poser autour de l’appel à projets du port. Cette fois, le détail change l’échelle du sujet. On ne parle plus seulement d’une orientation stratégique, mais d’un morceau de port à faire entrer dans une organisation industrielle: stockage, assemblage, accès routiers et maritimes, manutention, mise à l’eau, puis maintenance.
L’éolien flottant a quelque chose de trompeur dans l’imaginaire. On le voit loin des côtes, dans le vent et l’écume. Mais ses premières contraintes sont très terrestres. Les flotteurs doivent être construits ou reçus, déplacés, préparés, associés aux machines et reliés à une organisation portuaire qui ne s’improvise pas. Sans quai disponible, sans terre-plein adapté, sans voisinage industriel compatible, le projet reste une promesse sur plan.
À Fos, cette question pèse plus qu’ailleurs. Les bassins Ouest du port s’inscrivent dans une zone industrialo-portuaire de 10 000 hectares, déjà travaillée par les grands dossiers de décarbonation, d’énergie, de transport et de logistique. Les surfaces y sont vastes, mais elles ne sont pas vides. Chaque affectation nouvelle doit composer avec les activités existantes, les accès, les contraintes environnementales et les attentes locales.
Le calendrier ajoute de la pression. Le parc flottant Golfe de Fos 1 vise une mise en service en 2031. Pour que cette échéance devienne autre chose qu’une date dans un dossier, la chaîne à terre doit se structurer en amont. DEOS est l’un de ces maillons discrets mais décisifs: il ne produit pas encore d’électricité, mais il prépare les conditions industrielles pour en produire.
Pour les habitants de Fos, de Port-Saint-Louis, de Martigues ou du pourtour de l’étang de Berre, l’enjeu n’est pas seulement de juger l’éolien en mer en principe. La question est plus proche: quelles surfaces seront occupées, par qui, pour quels emplois, avec quels accès, quelles nuisances éventuelles et quelles contreparties pour le territoire ?
C’est à ce niveau que le dossier devient intéressant. L’éolien en mer ne s’installera pas seulement dans un débat national sur l’énergie. Il se posera sur un quai, dans une zone déjà disputée, avec des choix très concrets à rendre lisibles. À Fos, la mer commence par le port.