À Pont-de-Vivaux, les prix viticoles ont été remis loin des rangs de vigne. L’hippodrome est en plein Marseille, au milieu d’une ville qui ne ressemble pas d’abord à un paysage de caveaux et de coteaux. C’est pourtant le bon point de départ: pour les vins des Bouches-du-Rhône, produire ne suffit pas. Il faut ensuite trouver une place chez un caviste, sur une carte de restaurant, dans un itinéraire de week-end ou sur une table voisine.
La 4e édition des Grappes d’Or, remise le 7 mai par le Département, dit cela mieux qu’un simple palmarès. Les prix distinguent une caviste à Châteaurenard, un jeune viticulteur à Roquevaire, un restaurant à Saint-Antonin-sur-Bayon, une cuvée du Château Calissanne à Lançon-Provence, une démarche collective autour de la Sainte-Victoire et la Cave du Roy René à Lambesc.
Le palmarès dessine autre chose qu’une liste de lauréats. C’est presque le trajet complet d’une bouteille locale: le domaine qui produit, la cave qui conseille, le restaurant qui sert, le collectif qui donne de la visibilité, le lieu touristique qui fait revenir. Dans un département où la vigne existe à la fois aux portes des villes, dans les Alpilles, autour d’Aix, vers Cassis ou près des massifs, cette chaîne compte autant que la médaille.
Les Bouches-du-Rhône disposent d’un vignoble réel, mais dispersé: près de 12 000 hectares de vignes, environ 150 vignerons et plusieurs appellations. Dans les comptes agricoles, les vins d’appellation représentaient 161 millions d’euros en 2020, auxquels s’ajoutaient 65 millions d’euros pour les autres vins. Le vin n’est donc pas un décor provençal posé sur les cartes postales. C’est une activité économique, avec des ventes à tenir, des clientèles à trouver et des coûts à absorber.
La pression commerciale est là. Les Vins de Provence indiquent que les rosés vendus en grande distribution ont fortement reculé en volume sur dix ans, tandis que l’export a pris une place plus importante. À l’échelle locale, cela renforce le rôle des relais proches: les cavistes qui recommandent, les restaurateurs qui assument une bouteille du coin, les domaines qui accueillent, les touristes qui repartent avec une adresse en tête.
Le vin rejoint ainsi la question posée à d’autres productions agricoles locales: être produit ici ne suffit pas. Encore faut-il que les circuits suivent. Dans les Bouches-du-Rhône, ce circuit peut passer par une cave de centre-ville, une table au pied de la Sainte-Victoire, une visite de domaine, un marché, un office de tourisme ou une bouteille conseillée au bon moment.
Le tourisme donne déjà un appui. La Route des Vins du Sud recense 106 domaines et caves adhérents dans le département. MyProvence met en avant Cassis, Palette, les Coteaux d’Aix-en-Provence, Les Baux-de-Provence ou les Côtes de Provence Sainte-Victoire. Ces noms parlent autant de paysages que de vin. Ils permettent aux producteurs de vendre une bouteille, mais aussi un lieu, une balade, une halte, parfois une fidélité.
Derrière les récompenses reste la part moins visible: l’adaptation. La viticulture méditerranéenne travaille avec la chaleur, les épisodes secs, la ressource en eau et les risques qui pèsent sur les cultures. Le service statistique agricole régional relevait déjà, dans le recensement de 2020, que les Bouches-du-Rhône étaient en Provence-Alpes-Côte d’Azur le département où l’irrigation des vignes était la plus fréquente.
Un prix ne vend pas une récolte à lui seul. Mais les Grappes d’Or ont le mérite de montrer où se joue une partie de l’avenir de la filière: dans les domaines, bien sûr, mais aussi chez ceux qui mettent le vin en rayon, le racontent, le servent et donnent envie d’aller voir d’où il vient.