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Insertion: avec ses « kiosques », le Département veut débloquer les parcours avant l’emploi

Le Département des Bouches-du-Rhône relance un marché d’accompagnement des bénéficiaires du RSA pour lever les freins au retour à l’emploi.

Illustration - parcours vers l’emploi

Avant même de répondre à une offre, il faut parfois régler le trajet, la garde d’enfant, le rendez-vous médical, le dossier incomplet ou le permis qui manque. Dans les Bouches-du-Rhône, le retour à l’emploi ne commence pas toujours par un CV. Il commence parfois par une heure de bus gagnée, un justificatif retrouvé, une aide débloquée au bon moment.

C’est cette étape, avant l’offre et parfois avant même le CV, que le Département remet en marché avec son dispositif « Kiosque », signalé dans un avis publié le 8 mai. L’objet officiel parle d’aide à la construction du projet d’insertion sociale ou professionnelle et de levée des freins à l’emploi. En clair, le Département cherche des opérateurs capables d’accompagner des bénéficiaires du RSA dont le parcours reste coincé par des difficultés sociales, familiales ou professionnelles.

Le marché est découpé en cinq lots géographiques. Deux couvrent Marseille, par pôles d’insertion. Les trois autres regroupent Aix-Gardanne et Aubagne-La Ciotat, Istres-Martigues-Marignane-Vitrolles, puis Arles avec Salon-de-Provence et Berre-l’Étang. Ce découpage est plus qu’une carte administrative. On n’accompagne pas de la même manière une personne suivie à Marseille, dans l’étang de Berre, autour d’Aix ou sur un territoire plus étendu comme Arles et Salon, où la distance peut vite devenir un obstacle en soi.

L’accord-cadre est plafonné à 6,04 millions d’euros. Il est prévu pour douze mois, avec des reconductions possibles jusqu’à quatre ans, et cofinancé par le Fonds social européen. Les offres seront jugées sur le prix, mais aussi sur la qualité des prestations, les moyens humains et, selon les lots, la capacité à intégrer professionnellement certains publics pendant l’exécution du marché.

Derrière le marché, la question est simple: comment éviter qu’une personne déjà suivie se perde entre plusieurs guichets? Le Département dispose déjà d’aides ponctuelles pour le transport, la garde d’enfants, l’équipement, la santé ou le permis de conduire. Les « kiosques » doivent servir à remettre de l’ordre dans ces parcours, à repérer ce qui bloque et à orienter vers la bonne solution au bon moment.

Le contexte donne du poids à ce type d’accompagnement. Depuis le 1er janvier 2025, les bénéficiaires du RSA sont automatiquement inscrits à France Travail et doivent signer un contrat d’engagement. Mais l’inscription ne règle pas tout. Fin décembre 2025, les Bouches-du-Rhône comptaient 70 850 foyers bénéficiaires du RSA. Au quatrième trimestre 2025, le taux de chômage localisé atteignait 9% dans le département, au-dessus des moyennes régionale et nationale.

Dans un précédent article, La Clé Publique recensait les recrutements publics, d’alternants et de saisonniers ouverts au printemps. Ici, le sujet se situe juste avant: permettre à quelqu’un d’être réellement en état de répondre à une offre, puis de tenir dans la durée.

Le point décisif sera la lisibilité pour les personnes suivies. Le kiosque sera utile s’il simplifie les démarches, rapproche les bons interlocuteurs et débloque des situations concrètes. Il le sera moins s’il ajoute un passage de plus dans un paysage déjà dense. Dans les Bouches-du-Rhône, l’accès à l’emploi se joue souvent avant l’offre elle-même: dans le trajet possible, la garde trouvée, le rendez-vous tenu, le dossier enfin complet.