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Éolien en mer: Marseille Fos cherche la place où poser la filière

Marseille Fos lance un appel à projets pour réserver des espaces portuaires au développement de l’éolien flottant en Méditerranée.

Quai portuaire et éolien flottant

Sur un port, une nouvelle filière commence rarement par une grande déclaration. Elle commence par une question plus simple: où met-on les pièces?

Pour l’éolien flottant, la réponse prend vite de la place. Il faut des terre-pleins pour stocker, des quais pour charger, des accès pour faire circuler les engins, des zones de travail au bord de l’eau, des ateliers et des équipes. Avant d’être une silhouette au large, une éolienne en mer est d’abord un objet industriel qui doit être posé, déplacé, assemblé, entretenu.

C’est ce que remet sur la table l’avis BOAMP publié le 7 mai. Le Grand Port maritime de Marseille lance un appel à projets pour mettre à disposition des espaces destinés au développement de l’éolien en mer. L’annonce ne lance pas un parc. Elle cherche surtout à savoir quels opérateurs sont prêts à prendre de la place sur le port, pour y faire du stockage, de la fabrication, de la manutention ou de la maintenance.

À Marseille Fos, cette place n’est jamais abstraite. Les nouveaux usages arrivent à côté des conteneurs, des vracs, des usines, de la réparation navale, de la croisière, de la pétrochimie, de la logistique et des projets de décarbonation déjà engagés. Le port a récemment raconté une partie de cette transformation par l’électrification des quais ou la recherche d’électricité sur ses propres toits. Ici, le sujet est différent: il ne s’agit pas seulement de produire de l’énergie sur une surface disponible, mais de réserver des morceaux de port à une filière encore en train de construire ses ateliers, ses bases logistiques et ses habitudes industrielles.

Le précédent appel à manifestation d’intérêt lancé par Marseille Fos en 2024 donnait déjà une idée des besoins: un hub d’intégration, un site de construction de flotteurs, un espace pour les ancres et les lignes, du stockage à flot. Les flotteurs sont ces grandes structures qui permettent aux éoliennes de tenir en mer sans être fixées au fond. Elles ne se fabriquent pas dans un coin de hangar. Elles demandent de l’espace, du tirant d’eau, des accès et une organisation portuaire précise.

Le projet DEOS, pour Développement de l’éolien offshore, montre combien ces arbitrages sont concrets. Le scénario initial d’assemblage de grandes éoliennes à Fos a dû être réétudié à cause des limitations de hauteur liées aux zones de survol de la base aérienne d’Istres. Un projet pensé pour la mer peut donc être contraint par le ciel, les avions et les règles d’un autre morceau du territoire. La version désormais travaillée se concentre davantage sur la construction de flotteurs, avec 42,5 hectares terrestres, 400 mètres de quai utile et une capacité annoncée d’environ quinze flotteurs par an.

C’est ce qui rend le sujet intéressant. Marseille Fos ne comptera pas seulement parce qu’il est au bord de la Méditerranée. Sa place dépendra des quais, des surfaces et des accès qu’il pourra réellement mobiliser. Il peut aussi travailler en complémentarité avec d’autres sites, notamment Port-La-Nouvelle, plutôt que prétendre tout absorber seul.

Pour les entreprises des Bouches-du-Rhône, l’appel à projets ouvre donc une question très pratique. Qui saura entrer dans cette chaîne? Manutention, chaudronnerie, transport exceptionnel, inspection, sécurité, ingénierie portuaire, maintenance, sous-traitance industrielle: avant les mégawatts, il y aura des plans de circulation, des grues, des soudures, des contrôles et des plannings.

L’avis du 7 mai ne dit pas encore qui prendra ces espaces, ni pour quel usage précis. Mais il marque une étape utile: l’éolien flottant quitte un peu les cartes énergétiques pour rejoindre le sol du port. C’est là que se verra la place réelle des Bouches-du-Rhône dans cette filière méditerranéenne.