Une soucoupe oubliée sous un pot, un récupérateur d’eau mal fermé, une bâche qui garde la pluie: souvent, la saison des moustiques commence là. Bien avant les soirées sur les terrasses, les chambres ouvertes et les plaintes aux mairies.
À l’autre bout de la chaîne, l’EID Méditerranée a publié le 6 mai un marché pour acheter un adulticide extrait de pyrèthres naturels, présenté comme « compatible bio », pour les besoins de sa campagne de démoustication. L’avis concerne l’EID à l’échelle méditerranéenne et a été publié notamment dans les Bouches-du-Rhône. Il ne dit pas que le produit sera utilisé partout dans le département. Il rappelle plutôt que les outils doivent être prêts avant l’été.
Dans les Bouches-du-Rhône, la question n’a rien d’abstrait. Étang de Berre, Camargue, secteurs urbains, jardins privés, cimetières, cours d’école: les moustiques circulent entre milieux humides, espaces publics et petits réservoirs domestiques. Le moustique tigre, lui, a ajouté une dimension sanitaire à ce qui passait encore, il y a quelques années, pour une simple nuisance.
La démoustication la plus efficace se joue pourtant avant la piqûre. Tant que le moustique est à l’état de larve, l’intervention peut rester ciblée: repérer les eaux stagnantes, traiter au bon moment, éviter que des nuées d’adultes n’apparaissent. Un adulticide arrive plus tard. Il vise les moustiques déjà en vol. Il peut être nécessaire, mais il ne remplace ni la surveillance ni la suppression des gîtes.
C’est particulièrement vrai pour le moustique tigre. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’Agence régionale de santé fait intervenir l’EID Méditerranée lorsqu’un cas de dengue, de chikungunya ou de Zika justifie une enquête de terrain. Les lieux fréquentés par la personne malade sont alors contrôlés. Si des moustiques adultes sont repérés, un traitement peut être déclenché sur un périmètre limité, avec information de la commune et des habitants concernés. On est loin d’un arrosage général pour améliorer le confort d’un quartier.
Depuis 2025, cette distinction n’est plus théorique. Santé publique France a recensé dans l’Hexagone 809 cas autochtones de chikungunya et 30 cas autochtones de dengue pendant la surveillance renforcée. Dans les Bouches-du-Rhône, des épisodes locaux de chikungunya ont déjà concerné Salon-de-Provence, Grans, Lambesc et Vitrolles. Le sujet reste donc simple à comprendre: moins il y a de moustiques adultes, moins il faut sortir les solutions d’urgence.
Le mot « compatible bio » mérite aussi d’être tenu à sa juste place. Les pyrèthres naturels viennent d’une plante, mais un insecticide reste un insecticide. Son intérêt dépend de ses conditions d’emploi: périmètre, dosage, météo, heure de traitement, présence d’eau, protection des insectes non visés. L’origine naturelle ne dispense pas de précautions.
Le marché de l’EID ne signale donc ni une panique sanitaire ni une grande campagne chimique. Il montre une boîte à outils qui se prépare, avec un produit utile dans certains cas mais incapable de régler le problème à lui seul.
Pour les communes, le travail le plus décisif reste souvent discret: surveiller les points d’eau, former les agents, organiser les réponses, éviter que les petits foyers ne deviennent des nuisances durables. Pour les habitants, il tient parfois à un geste très banal: vider ce qui garde l’eau. La meilleure démoustication est encore celle qui évite d’avoir à traiter des moustiques déjà nés.