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Simulateurs XR: dans les lycées pro, le casque devra faire ses preuves

Un marché du rectorat d’Aix-Marseille signale l’arrivée d’outils immersifs en formation. Leur intérêt dépendra surtout des usages réels.

Casque immersif en salle de formation

À Marignane, la réalité virtuelle a déjà quitté le vocabulaire des démonstrations technologiques. Au lycée Louis-Blériot, elle a été utilisée pour faire découvrir des filières professionnelles autrement qu’avec une plaquette ou une journée portes ouvertes classique. Cet exemple montre mieux ce que la promesse immersive peut avoir de très simple: montrer un lieu, un geste, un environnement de travail avant d’y entrer vraiment.

Un avis publié le 5 mai au Bulletin officiel des annonces des marchés publics donne à cette évolution une traduction plus large. Le marché, intitulé SIMULATEURS_FORMATION_XR, est porté par le rectorat d’Aix-Marseille. La réalité étendue, ou XR, regroupe des outils de réalité virtuelle, augmentée ou mixte. Pour l’instant, l’avis disponible ne dit pas encore l’essentiel: quels établissements seront équipés, pour quelles filières, à quel coût, avec quelle durée et quel accompagnement.

La nuance compte. Un achat public n’est pas un usage. Et un casque posé sur une table ne change pas une formation. Le sujet devient intéressant seulement si l’on descend au niveau du geste: apprendre à intervenir sans danger, répéter une manipulation coûteuse, préparer un environnement contraint, comprendre une erreur avant de toucher au vrai matériel.

Dans l’académie, l’enjeu n’a rien d’anecdotique. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, plus de 47 000 élèves suivent une formation professionnelle au lycée et une offre de formation qui touche directement des métiers où le corps, l’outil et la sécurité restent centraux. Dans les Bouches-du-Rhône, la construction, la maintenance, la logistique, l’aide à domicile ou les soins reposent sur des gestes précis, pas seulement sur des notions.

C’est là que les simulateurs peuvent avoir une vraie utilité. Ils ne remplaceront ni l’atelier, ni le stage, ni le formateur qui corrige au bon moment. Mais ils peuvent permettre de recommencer sans casser, de se tromper sans se mettre en danger, de visualiser une situation que le lycée ne peut pas toujours reproduire. Les travaux de l’OCDE sur les technologies immersives en formation professionnelle vont dans ce sens: ces outils sont surtout pertinents quand ils répondent à des contraintes concrètes de coût, de sécurité, d’accès à l’équipement ou de répétition.

La Région Sud a déjà documenté un usage voisin avec Immerge TOA, un dispositif qui utilise notamment des casques de réalité virtuelle pour faire découvrir les métiers de l’aide et du soin à domicile. L’académie a aussi porté le projet LIEN, qui rappelle une chose souvent oubliée dans les achats numériques: l’outil vaut moins par son effet de nouveauté que par les scénarios pédagogiques, le suivi et la formation des enseignants qui l’accompagnent.

Le vrai test du marché sera donc assez simple. Pas le nombre de casques commandés. Pas la photo d’une salle équipée. Mais les heures réellement utilisées, les gestes travaillés, les enseignants formés, la maintenance prévue et la place donnée à ces séances avant l’atelier ou le stage.

Si ces réponses suivent, les simulateurs XR pourront devenir un outil discret mais utile dans les lycées professionnels de l’académie. Sinon, ils risquent de connaître le destin ordinaire de certains équipements numériques: remarqués le jour de leur arrivée, puis trop peu sollicités. Pour l’instant, le marché ouvre une porte. Reste à voir ce qui se passera, casque allumé, devant les élèves.