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Au Mucem, le Jardin des Migrations demande plus que du jardinage

Le Mucem relance un marché pour entretenir et faire comprendre le Jardin des Migrations, espace vivant du fort Saint-Jean à Marseille.

Illustration - Jardin méditerranéen au fort Saint-Jean

On peut traverser le fort Saint-Jean sans s’arrêter. Longer les passerelles, regarder le Vieux-Port, filer vers le Panier ou le J4. Dans le Jardin des Migrations, pourtant, certaines plantes ont été placées pour retenir la main autant que le regard: thym, sauge, sarriette, origan, lavande. Le Mucem les présente comme un « chemin des aromatiques », fait pour être senti, touché, reconnu.

C’est par ce genre de détail que le marché publié début mai dépasse la simple commande publique. L’avis porte sur l’entretien et la médiation du Jardin des Migrations. Le contrat prévu doit commencer le 1er décembre 2026, pour trois ans, avec une possible reconduction d’un an. Les offres sont attendues jusqu’au 3 juin. Le marché distingue l’entretien courant, prévu au forfait, et des interventions plus ponctuelles, commandées selon les besoins.

L’enjeu tient là: le Mucem ne cherche pas seulement à garder un jardin propre. Il doit maintenir un lieu vivant, fréquenté, exposé au soleil, au vent, au passage, et capable de rester compréhensible pour le public.

Le Jardin des Migrations occupe les espaces extérieurs du fort Saint-Jean, en accès libre. On peut donc y passer sans billet, sans visite prévue, presque par hasard. Cette position le rend précieux et fragile à la fois. Il appartient au musée, mais il fonctionne aussi comme un morceau de promenade marseillaise, entre patrimoine militaire, paysage méditerranéen et usage quotidien du site.

Le jardin lui-même est pensé comme un parcours. Le Mucem y distingue notamment le jardin des myrtes, les salades sauvages, le potager méditerranéen, les jardins de la colline, les herbes de la Saint-Jean et un parcours ethnobotanique. Le mot peut sembler savant, mais l’idée est simple: montrer les plantes par leurs usages, leurs voyages, leurs histoires, pas seulement par leur nom latin. Une mauve, un plantain ou une aromatique peuvent raconter la cuisine, les soins populaires, les échanges entre les rives de la Méditerranée.

Encore faut-il que tout cela se lise. Un jardin de musée n’est pas une exposition immobile. Ce qui est présenté pousse, sèche, se remplace, se taille, se surveille. L’entreprise Mouvements et Paysages, qui présente le Jardin des Migrations dans ses références, évoque 12 000 plantes et 275 espèces, avec un travail d’entretien, d’observation et de médiation auprès du public. Ce chiffre donne l’échelle du soin demandé: derrière une allée agréable, il y a des choix, des gestes répétés, des plantes qui tiennent mieux que d’autres et des explications à refaire.

La fréquentation donne du poids à cette attention. Le Mucem a accueilli 1 375 147 visiteurs en 2025, selon les chiffres relayés en janvier, son meilleur niveau depuis dix ans. Tous ne viennent pas pour le jardin. Mais ce niveau de passage rappelle que les espaces extérieurs ne sont pas des marges tranquilles du musée. Ils sont une partie de l’expérience, parfois la première, parfois la seule pour ceux qui traversent le fort.

Le marché raconte donc un travail discret mais décisif: garder un jardin méditerranéen à la fois vivant, praticable et lisible. Le résultat ne se verra pas comme une grande exposition. Il se verra si, en traversant le fort Saint-Jean, les visiteurs trouvent encore autre chose qu’un beau passage: des plantes identifiables, des usages racontés, un paysage assez lisible pour ne pas devenir simple décor.