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À Fos, les conteneurs se jouent aussi derrière les quais

La future ZSP2 doit mieux organiser les conteneurs vides autour de Fos-Graveleau, avec un enjeu concret pour les routes et le rail.

Illustration - Conteneurs sur un terminal portuaire

À Fos, tous les conteneurs ne repartent pas pleins, ni tout de suite. Certains attendent, se déplacent, passent par un dépôt, sont nettoyés, réparés, remis dans le circuit. Cette partie du port, loin de l’image des grands navires, compte dans la fluidité réelle des terminaux.

C’est justement là qu’intervient la future ZSP2, pour zone de services portuaires. L’avis d’attribution publié fin avril par le Grand Port maritime de Marseille ne ressemble pas à une grande annonce: il porte sur du contrôle extérieur, avec des vérifications de terrassement et de topographie. Mais ce type de marché accompagne les chantiers lorsqu’ils deviennent concrets, avec des sols à préparer, des mesures à contrôler et des plateformes à tenir dans la durée.

La ZSP2 doit prendre place au Môle Graveleau, dans les bassins ouest. Elle ne crée pas un nouveau quai. Elle relève de l’arrière-port, là où se règlent le stockage, la réparation et la circulation des conteneurs. La zone actuelle, la ZSP1, couvre 21 hectares et est présentée depuis plusieurs années comme saturée. Quand cet arrière-port manque de place, les mouvements se dispersent. Les conteneurs vides voyagent davantage entre les terminaux, les dépôts et les zones logistiques. Les camions aussi.

Le projet vise donc à remettre de l’ordre au plus près des terminaux. Le marché de travaux lancé en 2025 portait sur deux plateformes: une tranche ferme de 27,2 hectares et une tranche optionnelle de 5,1 hectares. Le marché attribué au printemps 2026 ne finance pas ces plateformes elles-mêmes, mais leur contrôle. C’est moins spectaculaire qu’une grue ou une nouvelle ligne maritime. C’est pourtant le genre de détail qui dit si un port gagne en efficacité ou s’il ajoute seulement de l’activité à une organisation déjà tendue.

Marseille-Fos a traité 1,45 million d’EVP en 2025, l’unité standard utilisée pour compter les conteneurs. Dans la concurrence méditerranéenne, la fiabilité ne se joue pas seulement avec les escales et les volumes. Elle se joue aussi dans la manière dont les boîtes circulent une fois débarquées: où elles attendent, combien de trajets elles imposent, par quelle route ou quelle voie ferrée elles repartent.

C’est le point sensible pour Fos, Port-Saint-Louis-du-Rhône et l’ouest de l’étang de Berre. Le dossier de la ZSP2 prévoit aussi une cour ferroviaire d’environ 5 hectares. Le port affiche déjà 16 % de part modale pour le rail et 5 % pour le fluvial sur les conteneurs. Ces chiffres comptent, mais ils ne suffisent pas à effacer la pression routière autour de la zone industrialo-portuaire. Lors de l’enquête publique, les attentes locales sont revenues sur deux sujets très simples à comprendre: améliorer les routes et faire passer davantage de fret par le rail ou le fleuve.

La ZSP2 ne règle donc pas tout. Plus d’activité peut aussi signifier plus de circulation, plus de sols aménagés et plus de contraintes environnementales si les accès ne suivent pas. L’Autorité environnementale avait relevé plusieurs points de vigilance, notamment sur les zones humides, les hypothèses de trafic, le ferroviaire et les émissions. La commissaire enquêtrice a rendu un avis favorable sans réserve, avec une recommandation claire: continuer à adapter le réseau routier aux besoins de la zone.

La mesure du projet sera là: savoir si ces plateformes réduisent les mouvements inutiles et rapprochent les services du bon endroit. À Fos, la stratégie conteneurs ne se lit pas seulement sur les quais. Elle se lit aussi derrière, dans la façon de ranger, réparer, déplacer et faire repartir les boîtes sans faire peser toute la mécanique sur les mêmes routes.